Tous les regards sont tournés vers le Conseil fédéral. C’est ce jeudi qu’il présente son plan pour sortir du semi-confinement. Mais sans précipitation, même si l’impatience a saisi toute la Suisse. Les sacrifices gigantesques consentis par l’ensemble de la société ne doivent pas être piétinés du jour au lendemain, sinon les conséquences à long terme seront beaucoup plus graves, du point de vue sanitaire et économique.

La sainte alliance s’érode

Au début de la crise, le Conseil fédéral était uni comme jamais. La population s’est sentie protégée et a accepté des mesures aussi inimaginables que la fermeture des écoles, des commerces ou l’interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes. Le gouvernement parlait alors d’une seule voix, principalement celle du ministre de la Santé, Alain Berset.

Or, cette sainte alliance s’érode dans un moment pourtant déterminant: la préparation du déconfinement.

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Plusieurs mesures pour soutenir des secteurs clés ont malheureusement été rejetées par une majorité du gouvernement. Ainsi Alain Berset avait proposé un crédit d’urgence de plus de 98 millions pour les crèches. Simonetta Sommaruga voulait soutenir la presse à hauteur de 80 millions de francs. Et aucun compromis n’a encore été trouvé pour aider davantage les indépendants.

La mission du Conseil fédéral est ardue, mais il doit absolument trouver un équilibre entre intérêts économiques et santé publique. Des intérêts qui peuvent paraître, à première vue, inconciliables, mais c’est à ce seul prix que l’on évitera une seconde vague de contamination encore plus menaçante pour le futur.

Le parlement à la rescousse

Si l’exécutif fédéral reste divisé sur les aides prioritaires, tous les espoirs reposeront alors sur le retour d’un acteur fondamental du système politique suisse: le parlement. Les séances de commission ont repris et se concentrent sur les mesures permettant à la Suisse de se reconstruire au plus vite. Avec, pour les conseillers nationaux et aux Etats, la quête, espérons-le, de l’intérêt commun et non la bataille partisane.

C’est aussi l’art du compromis et le sens des responsabilités qui devront accompagner ce jeudi le Conseil fédéral dans des décisions aussi stratégiques que la réouverture des crèches, des écoles, de certains commerces ou le port plus régulier du masque et le développement des tests de dépistage: les premiers pas du déconfinement et vers une reprise tant rêvée.