A Berne, c’est le monde à l’envers. La conclusion légale de l’histoire politique de la décennie s’écrira ces prochaines semaines. Or de ce récit, le Conseil fédéral ne sera l’auteur que de quelques virgules. Si les suites de l’initiative votée le 9 février «contre l’immigration de masse» paraissent aujourd’hui aussi floues aux yeux de nombre de citoyens, la passivité du Conseil fédéral sur ce dossier y est sans doute pour quelque chose.

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Rassurant au soir du 9 février 2014, entreprenant en 2015, le gouvernement a fini par abandonner en 2016 la gestion du frein à l’immigration aux mains du Parlement. Alors que le collège aurait pu, à 7, faire naître une dynamique positive dans ce dossier, il se contentera finalement d’observer du perchoir comment 246 parlementaires s’étripent autour d’une loi d’application à approuver en urgence. Ce serait cocasse si l’enjeu n’était pas si important pour la population et l’économie du pays.

Le Conseil fédéral désavoué par le peuple le 9 février 2014 semble en avoir désormais si peur qu’il préfère laisser le soin au Parlement de faire le travail ingrat de rendre sa copie compatible avec les Bilatérales. La visibilité de ses intentions fait défaut même pour les acteurs de premier plan. «Il faut savoir lire dans les entrailles d’un poulet pour comprendre ce qu'il veut», résume un responsable politique d’ordinaire bienveillant.

La faute n’incombe pas à une personne mais à une structure. Aucun des ministres au front – Didier Burkhalter, Simonetta Sommaruga ou Johann Schneider-Ammann - n’a démérité, ni ménagé sa peine. Mais l’équipe ne fonctionne pas, il n’y a pas eu d’agenda commun.

On sait depuis le terrassement du secret bancaire que la frégate Conseil fédéral n’est pas faite pour voguer vite ni par mauvais temps. Sa capacité à faire le dos rond et laisser passer les tornades est bénéfique pour l'extraordinaire stabilité du système suisse. Mais il sera nécessaire de tirer les leçons de l'après 9 février. Une réflexion sur les manières de favoriser un travail d’équipe semble bienvenue.

Le gouvernement fédéral pourrait à ce titre s’inspirer de l’action de conseils d’État cantonaux. Les exécutifs vaudois ou genevois sur la réforme fiscale des entreprises, ou encore neuchâtelois sur la réorganisation structurelle du canton ont montré qu’il est possible, au sein d'un gouvernement pluriel, d’agir en équipe autour d’une vision commune. On ne voit pas pourquoi le Conseil fédéral n'y arriverait pas. 

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