Bien qu'il n'apprécie pas les critiques sur ce thème, ce n'est pas pour prouver qu'on peut être en vacances et gouverner tout de même, mais bien sous la pression des événements, que le Conseil fédéral a rompu la trêve pascale pour s'impliquer dans la crise balkanique. L'ampleur du drame, la violence quotidienne des images comme les rapports des émissaires qui ont pu apprécier sur place la situation l'ont convaincu qu'il n'était plus possible de temporiser.

Prévue à l'origine pour le 14 avril, la décision sur l'admission collective provisoire des réfugiés kosovars est opportunément intervenue jeudi. L'opinion y poussait. La journée d'action de la Chaîne du bonheur, aujourd'hui, a sans doute été un autre élément de réflexion. Le gouvernement pouvait difficilement demeurer en retrait par rapport à une population prête à manifester une large solidarité.

Cette crise aura ébréché quelques tabous. On aura ainsi vu la Suisse afficher une certaine autonomie en matière d'asile, sans calquer ses décisions sur les mesures prises par l'Allemagne. Le voyage surprise de Ruth Dreifuss en Macédoine, décidé dans l'urgence, tranche également avec la prudence habituelle du Conseil fédéral. L'engagement personnel de la présidente de la Confédération apporte une dimension supplémentaire à l'engagement humanitaire qui s'est développé au cours de la semaine. Sèchement rembarré par le Conseil fédéral mercredi dernier, Adolf Ogi n'en continue pas moins à battre l'estrade avec ses idées d'une offre de bons offices, d'une participation à une force internationale au Kosovo et d'une conférence sur les Balkans. Ceci sans être désavoué. S'il précède largement la musique, Adolf Ogi esquisse peut-être les grandes lignes d'une partition qui devient moins invraisemblable.

Si les conseillers fédéraux laissent parler leur émotion et leur imagination, dans un certain désordre, il reste au Conseil fédéral à améliorer son organisation. La crise balkanique pourrait pousser à la création du conseil national de sécurité préconisé par la Commission Brunner.

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