Dès lors qu'il est démissionnaire, un conseiller fédéral voit consommé un affaiblissement qui ira croissant jusqu'au moment où il quittera effectivement les affaires. C'est en fonction de cet adage que les membres du gouvernement fédéral ont jusqu'ici préparé leur départ, en en différant l'annonce le plus longtemps possible et en se ménageant un effet de surprise. Ruth Dreifuss a créé à son tour la surprise, mais d'une façon inédite, en inaugurant un genre inconnu à ce jour du répertoire fédéral, le préavis de démission. Cette démarche a entraîné à Berne plus de perplexité que d'émotion.

Le départ de Ruth Dreifuss était attendu. On observe qu'en le préavisant de la sorte elle s'assure quelques semaines, si ce n'est quelques mois de tranquillité, à l'abri des spéculations qui n'auraient pas manqué de reprendre à son sujet dès la rentrée. Cette pression, elle la reporte en quelque sorte sur Kaspar Villiger, qui se voit seul investi de la responsabilté d'annoncer, en temps voulu, une double démission. Comme nul ne peut imaginer que la ministre de l'Intérieur ait agi sans concertation avec le président de la Confédération, on doit admettre que celui-ci a également choisi de porter le fardeau. Un choix qui le place dans la situation tout à fait inhabituelle d'un conseiller fédéral démissionnaire, dans les faits, au début déjà de la seconde moitié de son année présidentiellle.

L'annonce officielle de la démission de Ruth Dreifuss et de Kaspar Villiger, qui pourrait intervenir le 30 septembre ou le 16 octobre prochains, avec effet à la fin de l'année paraît ainsi inscrite d'ores et déjà à l'agenda politique. Or l'un et l'autre sont à la veille de défendre des dossiers difficiles, l'assurance maladie pour Ruth Dreifuss, le budget 2003 pour Kaspar Villiger. Ils les défendront en se trouvant également dépouillés d'une bonne partie de leur autorité. Il sera intéressant de voir s'ils parviendront à récupérer cette autorité perdue par la dimension émotionnelle de testament politique qu'ils ne manqueront pas de donner à leurs derniers engagements. C'est la perspective la plus intéressante, à première vue, ouverte par la surprenante initiative de Ruth Dreifuss.

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