«AHV-Schock», dit le Blick, alors que les syndicats prétendent que leur patience est «à bout». A Berne, le Conseil national empoigne la réforme de l’AVS ce mercredi. L’ATS résume les enjeux. Mais d’ores et déjà, comme le Conseil des Etats, on sait que la chambre du peuple devrait décider de fixer l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. Les compensations pour faire passer la pilule agiteront les esprits. Plusieurs modèles sont en discussion.

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Malgré les protestations du camp rose-vert et – ironie du sort – à moins d’une semaine de la Grève féministe du 14 juin, ce relèvement d’un an devrait passer la rampe. Cela ne fait «aucun doute», écrivait même encore le correspondant du Temps à Berne il y a deux jours (lire ci-contre). Les femmes travailleront un an de plus pour prétendre à une rente complète. La révision vise à restructurer le premier pilier. Ce dernier fait face à un important déficit de financement en raison de l’évolution démographique.

Qu’en pensent les jeunes? Le 19h30 de la RTS (ci-dessus) a donné mardi la parole à six étudiantes et étudiants du Collège Saint-Michel. «Ils ont 17 ou 18 ans et la retraite est encore une échéance fort éloignée pour eux, mais ces jeunes Fribourgeois ont déjà conscience que, au-delà de la bataille politique qui se joue au parlement, la réforme de l’AVS est un enjeu de société majeur pour les générations à venir.» Et puis, ils ne sont pas dupes: on ne va pas s’arrêter là. Citation:

Si ça se trouve, quand j’aurai 65 ans, la retraite sera déjà à 75 ans

D’ailleurs, «relever progressivement l’âge de la retraite à 66 ans, pour les femmes comme pour les hommes» constitue déjà l'«idée choc portée par la relève du PLR suisse, [qui] pourrait bien être soumise au peuple. L’initiative populaire lancée fin 2019 est en effet en passe d’aboutir officiellement, selon Nicolas Jutzet, vice-président des Jeunes libéraux-radicaux», récemment interrogé par 24 Heures et qui n’a pas les mêmes soucis que le commun des mortels:

Or le Conseil fédéral table bien «sur un âge de référence fixé à 65 ans pour tous, avec des compensations initiales pour les femmes» quoique son projet «provoque déjà de vives tensions. La gauche brandit la menace d’un référendum, estimant que la réforme se ferait sur le dos des femmes. Dans ces conditions, pousser le bouchon à 66 ans ne revient-il pas à déclarer la guerre?» Jutzet «reste droit dans ses bottes»: «Dans le premier pilier, dit-il, les femmes touchent en moyenne plus d’argent que les hommes. Notre initiative pérennise ces rentes»…

…C’est la différenciation actuelle de l’âge de la retraite qui est inégalitaire et sexiste

«Le compte à rebours» a donc commencé, même Euronews en a parlé. Pour stabiliser l’AVS, on le sait, «plusieurs propositions sont sur la table», outre celles concernant les femmes. «Mais à quelques heures du débat», une nouvelle «solution» est venue «redistribuer les cartes: elle mise sur une redistribution des milliards de la BNS» explique la Tribune de Genève. «A l’origine de ce coup de poker: l’UDC. Puiser dans les caisses de la Banque nationale suisse pour stabiliser le premier pilier, le parti y songe depuis des années.»

«Tabou brisé»

«Et il n’est pas le seul. Le PS et les Verts sont aussi sur le coup. Mais jamais les différentes formations politiques n’avaient réussi à s’entendre»: «Il y a eu des votes contradictoires dans le passé, admet Pierre-Yves Maillard, conseiller national (PS/VD) et président de l’Union syndicale suisse. Cette fois, il semble que nous ayons trouvé un consensus pour briser ce tabou, au moins au Conseil national. Et je m’en réjouis.»

Lorsque les Etats ont discuté et accepté ce projet à la fin de l’hiver, Le Courrier ironisait: «Il était […] urgent […] de s’attaquer au porte-monnaie des femmes. Car qui dit augmentation de l’âge de la retraite implique une baisse des rentes servies, notamment pour celles qui travaillent dans les professions au front, comme les soignantes et les vendeuses, volontiers applaudies le printemps passé, et qui doivent souvent cesser prématurément leurs activités pour cause d’épuisement»…

A cette obstination antisociale et, disons-le, à ce mépris de genre, il sera important de ne pas céder

La Neue Zürcher Zeitung, elle, aborde le sujet via celui qui le porte: Alain Berset. Encore lui. «Il est en poste depuis près de dix ans», et comme «ministre des assurances, le socialiste doit trouver une réponse à l’une des grandes questions de notre temps qui soit capable d’atteindre une majorité: si les gens vivent plus longtemps, si les milliers de baby-boomers partent à la retraite, […] comment les retraites peuvent-elles continuer à être solides et équitables?»

«Le jour de sa défaite la plus amère – en septembre 2017, lorsque son ambitieuse réforme des retraites a échoué dans les urnes après une longue et difficile bataille – il a […] parlé d’une course de 800 mètres dans lequel le premier tour, difficile, était suivi d’un deuxième, qui était encore plus difficile. Berset était un coureur de 800 mètres dans sa jeunesse. Message clair»:

Je peux le faire, je continuerai à me battre

«Trois ans et demi se sont écoulés depuis. La course […] bat toujours son plein. Mais ce n’est plus Alain Berset qui est en tête du peloton.» Ce sont les Chambres fédérales et, en dernier recours, le peuple souverain.


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