Tokyo graphie

Mon conseiller sentimental est un robot

Une intelligence artificielle pour fournir des conseils en matière d’amour et de sentiments: c’est ce que propose depuis peu le groupe de télécommunication japonais NTT

«Allô, allô Monsieur l’ordinateur, dites-moi, dites-moi où est passé mon coeur», prophétisait Dorothée en 1985 déjà. Cet abrutissant refrain de notre enfance TF1 m’est revenu l’autre jour, lorsque le groupe de télécommunication japonais NTT a annoncé que sa toute nouvelle intelligence artificielle (AI), baptisée Corevo, allait bientôt être mise en oeuvre dans le cadre du conseil sentimental online. Oui, Corevo est un expert (robot) des relations amoureuses (humaines). «Ne quittez pas, bureau du bonheur, nous recherchons votre petit coeur.»

Le principe est fort simple. En cas de problème amoureux, on se rend sur la plateforme Oshiete Goo, et on tape sa question. Moins d’une minute plus tard, Corevo répond, de manière personnalisée, et avec un certain à propos. Pour ce faire, l’AI met à profit une base de données de plus de 30 millions d’interactions enregistrées entre utilisateurs bien réels, puis synthétise la réponse la plus adéquate. Selon NTT, Corevo (contraction de «collaboration» et «co-révolution») interagira à l’avenir avec les humains selon toutes sortes d’autres modalités: soutien aux personnes âgées, sport ou santé, par le biais de la robotique et de l’Internet des objets.

Confier ses soucis affectifs à une machine, est-ce bien raisonnable? Au-delà de l’évidente question des informations personnelles récoltées par NTT, n’est-il pas étrange de s’en remettre à une instance artificielle, non-humaine, pour évoquer un phénomène aussi intime que les relations amoureuses? Et pourtant: le tarot du XVe siècle, les fleurettes du XVIIe galant, les almanachs d’amour du XVIIIe libertin, le chuchotement du ruisseau chez les romantiques germaniques, les étoiles de l’astrologie, toutes ces voix du hasard et ces indices du dehors continuent d’informer et de refléter le mystère des sentiments et de leur interprétation. Alors, pourquoi pas un robot?

D’autant que Corevo est plutôt de bon conseil. A telle personne qui ne parvient pas à attirer l’attention de l’être aimé, il recommande la multiplication des opportunités; à telle autre qui souffre du délitement de sa relation, il prône la patience et la sincérité. Communication, écoute, confiance en soi: lorsqu’on lit plusieurs conversations, des patterns récurrents apparaissent rapidement. Est-ce l’ordinateur qui radote? Ou la petite mécanique des rapports humains qui, au fond, ne serait pas si complexe et variée? J’ai posé la question à Corevo, mais il n’a rien répondu. Le silence de la pudeur et de la maturité, sans aucun doute.

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