Un monstre de bureaucratie. L’avertissement émane de Simonetta Sommaruga et d’Alain Berset. Les deux conseillers fédéraux socialistes s’expriment dans la presse dominicale à propos de l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse. Les citoyens suisses se prononceront le 9 février.

Si l’initiative est acceptée, la Suisse devra fixer des contingents annuels pour toutes les catégories d’étrangers, requérants d’asile compris. Dans le « Matin Dimanche » et la « SonntagsZeitung », Simonetta Sommaruga rappelle que la Suisse a déjà expérimenté ce système de contingents dans les années 60. « L’immigration était alors plus forte qu’aujourd’hui, rappelle-t-elle. Celui qui croit que l’initiative va automatiquement freiner l’arrivée d’étrangers se trompe. Elle est muette sur tous les points essentiels. Qui fixera le nombre maximal d’étrangers, et comment définira-t-on ce plafond ? Comment découpera-t-on les contingents : par cantons, par branches économiques ? Imaginez la bureaucratie que représente ce processus, à renouveler chaque année. Pour appliquer la préférence nationale, l’employeur devra prouver pour chaque contrat qu’il n’a trouvé aucun Suisse. Imaginez l’incertitude qui en découle et le surcroît de travail, en particulier pour les PME ». La ministre en charge du Département fédéral de justice et police souhaite « bonne chance à ceux qui auront à régler tous ces points ». «Graves conséquences» pour les hôpitaux suisses

Dans le « SonntagsBlick », Alain Berset est plus particulièrement inquiet pour le système de santé suisse. « Une acceptation de l’initiative aurait de graves conséquences », dit-il, rappelant la nécessité d’engager du personnel étranger. 40% des médecins, 32% du personnel soignant et 29% des auxiliaires des hôpitaux suisses sont de nationalité étrangère. La majorité d’entre eux viennent de l’Union européenne. « Sans eux, les hôpitaux suisses ne peuvent pas fonctionner », prévient-il, craignant lui aussi le retour des contingents, sa bureaucratie et au bout du compte, une pénurie de personnel si les contingents sont atteints.

Le Parti socialiste rejette l’initiative de l’UDC. Mais en même-temps, il exige aussi que les mesures d’accompagnement soient renforcées, notamment contre le travail au noir et le dumping salarial. Simonetta Sommaruga ne va pas aussi loin mais estime « qu’on peut faire mieux ». Elle lance un appel au monde économique : « L’économie a le devoir de montrer qu’elle n’engage que les travailleurs étrangers dont elle a besoin et ne trouve pas en Suisse. Elle doit les payer au niveau des salaires suisses. Et les cantons doivent contrôler que c’est bien le cas. L’économie doit aussi intégrer les travailleurs étrangers sur le long terme, la population est en droit d’attendre un engagement accru de sa part ». Et d’assurer que sur le fond, « il n’y a pas de différence » entre les objectifs du PS et ceux du Conseil fédéral. « Commençons par mieux débusquer les abus en rendant les mesures d’accompagnement plus efficaces », estime-t-elle. Toni Brunner critique l’USP, opposée à son initiative

Dans cette campagne qui s’annonce courte mais agressive, l’UDC est seule contre tous. Elle n’aura pas non plus le soutien des milieux agricoles, car le comité directeur de l’Union suisse des paysans rejette également son initiative. Dans la « Zentralschweiz am Sonntag », Toni Brunner, président de l’UDC ne cache pas qu’il n’apprécie guère cette position. «Elle leur reviendra comme un boomerang à la figure car la majorité des paysans nous suivent ». Et de déplorer que l’USP n’ait pas lancé un débat démocratique lors de sa dernière assemblée générale qui aurait probablement permis de laisser la liberté de vote. « L’USP doit faire attention à ne pas toujours aller dans le sens contraire de la base paysanne, laquelle pourrait se demander pourquoi continuer à payer ses cotisation. L’USP est là pour les paysans. Elle n’a pas à être le soutien occulte des autres organisations et de leurs fonctionnaires ». Et le président de l’UDC ne souligner la contradiction des dirigeants de l’USP qui se plaignent de la perte des terres agricoles mais vont ensuite dans le sens contraire en s’opposant aux propositions de l’UDC.

L’«offre» de Fabrice A.

Tout autre sujet à propos de Fabrice A, le meurtrier présumé d’Adeline, sa thérapeute. Arrêté en Pologne, il est de retour à Genève depuis jeudi. Le « SonntagsBlick » revient sur cette affaire. Des journalistes du journal dominical sont parvenus à entrer en contact avec lui par courrier. Il leur a répondu le 18 octobre qu’il a déjà reçu une offre de 1500 francs d’un concurrent et les prie de verser sur son compte de la prison la somme de 1600 francs. « Sinon, je garderai tout ce que j’ai à dire (derniers mots d’Adeline, pourquoi la Pologne, comment j’ai préparé mon évasion, etc… pour votre concurrent journaliste ».

Les voyages de la chancelière

Enfin, « Le Matin Dimanche » et la « SonntagsZeitung » s’émeuvent des « goûts de luxe » de la chancelière fédérale. Les deux journaux ont pu se procurer la base de données de la Centrale de voyages de la Confédération, obtenue grâce à la loi sur la transparence. Ils y ont découvert un voyage de Corina Casanova d’un montant de 40’000 francs. La chancelière s’est rendue à San Francisco avec son collaborateur personnel. Ils ont voyagé en première classe, traitement en principe réservé aux conseillers fédéraux.

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