Analyse

Ces conseillers nationaux UDC et MCG qui peuvent remercier les étrangers

Une étude de l'Université de Neuchâtel, signée par trois jeunes doctorants, révèle que le président du MCG, Roger Golay, a été élu au Conseil national techniquement parce que Genève accueille une proportion d’étrangers plus élevée que la moyenne suisse, ce qui gonfle sa représentation au National

La méthode de répartition des 200 sièges au Conseil national n’est de loin pas connue de tous. Elle respecte la loi fédérale sur les droits politiques et pour ce faire, la population qui doit être prise en compte comme base du calcul est la population résidente permanente. Cette dernière englobe bon nombre d’étrangers. De ce fait, la population étrangère d’un canton peut potentiellement faire gagner (ou perdre) un siège au Conseil national. Etant donné que la population étrangère ne peut pas élire les conseillers nationaux, la question du bien-fondé de l’inclusion de cette population dans la base de calcul peut se poser.

Nous avons comparé la situation actuelle aux résultats d’une simulation répartissant les sièges sur la base de la population suisse uniquement. Il s’agit dans cet article d’identifier les cantons, puis les parlementaires, gagnant un siège grâce à la population étrangère. Quatre cantons bénéficient de ce système de répartition. Il s’agit de Zurich, Bâle-Ville, Vaud et Genève. Le gain de sièges pour les cantons susmentionnés se fait au détriment de Berne, Fribourg, Soleure et Appenzell Rh.-Ext.

De par son côté paradoxal, nous nous attardons dès à présent sur les personnalités* des quatre cantons ayant obtenu des sièges grâce à la population étrangère, dans l’idée d’explorer si les parlementaires défendent les intérêts de ceux grâce auxquels ils sont élus, mais qui n’ont pas pu les choisir.

  • Dans le canton de Vaud, Cesla Amarelle bénéficie du fait que la population vaudoise comprend une proportion d’étrangers plus forte que la moyenne suisse (32% contre 23%). Ce fut déjà le cas en 2011, année depuis laquelle elle siège à Berne. Du côté de ses opinions politiques, elle prône un État social fort, une politique généreuse envers les migrants et une ouverture importante envers l’étranger.
  • Son collègue Laurent Wehrli est lui aussi assis sur un fauteuil pourvu par les étrangers du canton de Vaud. Comme le laisse penser son étiquette PLR, il prône une politique économique libérale, assortie d’une ouverture relativement importante vis-à-vis de l’étranger. La politique migratoire devrait selon lui être légèrement restrictive.
  • À Bâle-Ville, c’est la Verte Sibel Arslan qui bénéficie du système actuel de répartition des sièges. Son canton compte près de 34% d’étrangers, contre une moyenne suisse de 23%. A l’instar de son parti, la jeune femme d’origine kurde défend une forte protection de l’environnement. Elle approuve l’ouverture et la générosité en matière de politique migratoire.
  • Du côté de Zurich, l’UDC Mauro Tuena peut remercier son canton de compter une proportion d’étrangers un peu plus élevée que la moyenne suisse (25% contre 23% en 2012). Le vice-président de l’UDC cantonale indique les priorités politiques suivantes: rester libre vis-à-vis de l’Europe, durcir les conditions d’accueil en matière d’asile, renvoyer les criminels étrangers et limiter les réglementations de l’état afin de créer de l’emploi.

Arrêtons-nous pour finir sur le canton de Genève, cas particulièrement intéressant. La proportion d’étrangers y est la plus élevée de tous les cantons suisses, elle atteint près de 40% en 2012.

Pour l’élection de 2015, deux sièges auraient été retirés au canton si seule la population suisse était prise en compte. Le premier est occupé par le libéral-radical Benoît Genecand. Le Genevois se situerait plutôt à la droite de son parti, défendant une politique budgétaire restrictive, un libéralisme économique prononcé ainsi qu’une certaine fermeté en matière de politique migratoire et une ouverture vers l’étranger nuancée.

  • Le dernier parlementaire à bénéficier du mode de répartition actuel est Roger Golay. Le président du Mouvement Citoyen Genevois (MCG) est donc élu grâce au fait que Genève accueille une proportion d’étrangers plus élevée que la moyenne suisse. Roger Golay accorde beaucoup d’importance à l’ordre et à la sécurité, ses positions en faveur d’une politique migratoire restrictive et d’une ouverture limitée envers l’étranger sont claires. Estime-t-il que la proportion d’étrangers dans la population genevoise soit excessive? En tout état de cause, sa présence au Conseil national en dépend. Notons pour conclure que Mauro Poggia était dans le même cas lors de l’élection précédente. Nos calculs révèlent donc le paradoxe suivant: depuis 2011, le MCG doit sa présence sous la coupole aux étrangers du canton de Genève.

* Les informations des personnalités viennent: du site du parlement www.parlament.ch, consulté le 26.11.15, du site www.smartvote.ch, consulté le 26.11.15 et, concernant Mauro Tuena, qui n’a pas de profil smartvote, de son site personnel www.mauro-tuena.ch, consulté le 26.11.15.

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