«Nous devons réfléchir à une présidence Le Pen», annonce le Financial Times (FT). «Plutôt que de rejeter les chances de Marine Le Pen, il est temps de réfléchir sérieusement à ce que signifierait sa possible victoire pour la France et au-delà», introduit-il. «L’au-delà» intéresse particulièrement les médias européens et américains. A quel point l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen déboussolerait-elle le compas européen? Quels effets aurait-elle sur la guerre en Ukraine menée par le pouvoir russe, alors que la cheffe du Rassemblement national a maintes fois soutenu Vladimir Poutine?

Certes, Marine Le Pen s’est distanciée du dirigeant russe dans le cadre de la guerre d’Ukraine, affirmant que sa vision de l’homme d’Etat avait «changé». «Mais la précédente admiration ouverte de Marine Le Pen pour Vladimir Poutine et Donald Trump est toujours révélatrice», critique le Financial Times.

Viktor Orban, un modèle?

En Europe, Marine Le Pen a nourri des liens avec les «démocrates illibéraux» de Hongrie et de Pologne, poursuit le quotidien: le mois dernier, elle n’a pas attendu pour féliciter le dirigeant hongrois Viktor Orban pour son maintien à la tête du pays, bien qu’il soit accusé par l’UE de violation de l’Etat de droit, d’entraves à la liberté d’expression et de corruption. «Au mieux, Le Pen n’est pas troublée par les péchés d’Orban. Au pire, elle les voit comme un modèle pour la France», se désole le journal financier britannique.

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Marine Le Pen s’oppose aux sanctions énergétiques contre la Russie, car elles augmenteraient le coût de la vie en France. «Vladimir Poutine a eu quelques semaines désastreuses. Mais les électeurs de France pouvaient encore lui offrir un peu d’espoir», taquine cyniquement le FT.

«Emmanuel Macron veut transformer l’Europe en une puissance militaire crédible. Marine Le Pen, dont le parti a reçu des financements d’une banque russe et, plus récemment, d’une banque hongroise, a d’autres priorités», relève le New York Times.

Délitement du front contre la Russie

Il existe un risque pour que le front contre la Russie s’effondre, s’inquiète le quotidien suédois libéral Dagens Nyheter, cité par Courrier international: «Deux semaines de bataille intense contre Emmanuel Macron attendent désormais la France, avec l’avenir de l’Europe en jeu. Si Le Pen l’emporte, il existe un risque réel que le front uni de l’Occident contre la Russie s’effondre.» «Marine Le Pen n’est pas n’importe quelle femme politique. Elle a prôné la reconnaissance de l’annexion de la Crimée par la Russie, elle souhaite que la France quitte les structures militaires de l’OTAN», illustre-t-il.

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«Marine Le Pen pourrait gagner les élections en France (et ce serait un succès pour Poutine)», indique le titre d’un article du quotidien italien Corriere della Sera. «Ce serait un tremblement de terre, pas seulement pour la France. Ce serait une grande victoire pour Vladimir Poutine. Une défaite pour Biden, Scholz, Draghi. Et ce serait la fin de l’Union européenne telle que nous l’avons connue. Car sur cette question la fille de Jean-Marie Le Pen n’a pas changé: elle reste la populiste, la souverainiste, la nationaliste, l’anti-européaniste de toujours.»

«Sa proposition de réforme de l’Union européenne est en fait l’abolition de l’Union européenne. C’est la fin de la libre circulation, c’est le refus de la dette commune, le rejet de l’armée européenne, de la diplomatie européenne, de la fiscalité européenne. C’est l’idée que les Français sont meilleurs que le reste de l’humanité», accuse le quotidien italien.

Amitié franco-allemande en sursis

En Allemagne, pays européen influent s’il en est, les médias estiment que leur pays perdrait un allié de taille si une victoire de Marine Le Pen se concrétisait: «Il est grand temps que les Allemands réalisent que les chances d’une victoire de Le Pen cette fois sont nettement plus élevées qu’en 2017», s’alarme la Süddeutsche Zeitung. «Emmanuel Macron a activement entretenu l’amitié franco-allemande. Marine Le Pen promet de réduire sévèrement les relations avec Berlin. Pour l’Allemagne, une victoire de Le Pen aurait des conséquences beaucoup plus directes et drastiques que la victoire électorale de Donald Trump aux Etats-Unis en 2016», avertit le quotidien allemand.

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