C'est le monde à l'envers. Les Etats-Unis ont plus de trente ans de retard sur l'Europe. Il ne s'agit ni de communication ni de technologie, mais d'alimentation. Les Américains se lancent tête baissée dans la guerre du chocolat que l'Union européenne a conclue, en 2003, après trente ans de bagarre. L'objet du litige n'est pas l'emballage (merci Cailler!), mais le contenu. En particulier la teneur réglementaire en beurre de cacao. La question paraît futile. Elle ne l'est pas. D'une part, parce que le remplacement du beurre de cacao par des graisses végétales meilleur marché peut déstabiliser l'économie de pays comme la Côte d'Ivoire ou le Ghana. En Afrique, 200 millions de personnes dépendent de la récolte des fèves de cacao. D'autre part, parce que la question touche de très près les consommateurs. La polémique se cristallise sur le chocolat, mais le débat est beaucoup plus large. Les autorités américaines partent d'un excellent sentiment. Il s'agit de débroussailler la jungle du Codex alimentaire, de libéraliser l'utilisation des ingrédients tout en responsabilisant les producteurs. L'industrie de l'alimentation regorge d'idées, y compris biotechnologiques, pour la mise en œuvre commerciale de ce projet. Mais elle ne touche pas à l'essentiel: le sacro-saint principe d'étiquetage complet et précis de la composition du produit. Après tout, le consommateur doit avoir la liberté de choisir ce qui lui convient. Liberté qui doit s'accompagner de l'obligation d'être parfaitement informé sur ce qu'il avale. Mais pour que l'acheteur ne soit pas «chocolat», il faut aussi éviter tout malentendu sur les termes. D'où l'utilité d'une discussion sérieuse sur les subtiles différences entre les mentions «% de cacao», «chocolat», ou «produit chocolaté».

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