Il aura fallu quatre semaines pour que le Conseil fédéral se fende d'une déclaration générale sur la guerre au Kosovo. Il était normal de ne rien précipiter, mais l'impatience grandissait. A l'issue de l'exercice assumé sans conviction par la présidente Ruth Dreifuss domine la déception. Conçu comme une information large au parlement et à la population, le discours manquait singulièrement de relief.

Les perspectives tracées sont minces. Notamment dans le domaine de l'asile où la faiblesse du propos illustre le flou qui entoure toujours la stratégie du Conseil fédéral. Or la Suisse, parce qu'elle héberge déjà l'une des plus fortes communautés kosovares en Europe, a des responsabilités spéciales face aux populations victimes de l'épuration ethnique orchestrée par le régime de Slobodan Milosevic.

Le discours du Conseil fédéral contient aussi des traces désagréables d'une autosuffisance tout helvétique. Notamment quand il est souligné lourdement que la diplomatie suisse avait prévu le pire, et en avait averti la communauté internationale. Par ailleurs, l'insistance à mettre en valeur notre disponibilité pour trouver une issue politique au conflit finit par créer l'illusion que la Suisse sera écoutée, si elle ne l'est pas déjà. L'analyse optimiste de l'issue de la mission menée par l'ambassadeur Walter Fust à Belgrade, alors que celle-ci se solde, jusqu'à preuve du contraire, plutôt par un échec, renforce le sentiment de duperie.

La vérité, c'est qu'aujourd'hui la Suisse est considérée par les belligérants, à commencer par les Etats de l'OTAN dont les valeurs sont partagées par le Conseil fédéral, comme une sous-province en Europe. Politiquement isolée sur le continent, la Suisse ne décide de rien et son avis ne pèse pour rien dans ce conflit. Ironie, nos trois hélicoptères dépêchés en Albanie gênent les opérations humanitaires et militaires de l'OTAN dans un ciel aérien toujours plus encombré. A se demander si le discours plat du Conseil fédéral ne reflète pas finalement notre insignifiance.

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