Ma semaine suisse

Contempler Sirius

OPINION En se fixant pour objectif la neutralité carbone en 2050, le Conseil fédéral dévoile le vide sidéral entre une politique visionnaire et des moyens que, précisément, il n’a pas, écrit notre chroniqueur Yves Petignat

La politique est un art des moyens. En se fixant pour objectif la neutralité carbone en 2050, le Conseil fédéral dévoile le vide sidéral entre une politique visionnaire et des moyens que, précisément, il n’a pas. Certes, comme l’a admis la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, ne rejeter dans l’atmosphère que le gaz que les puits naturels ou artificiels sont capables d’absorber reste «un objectif indicatif». Ambitieux, anticipateur et conséquent. Il n’en reste pas moins que, malgré la fièvre environnementale qui a saisi tous les partis à l’exception de l’UDC, le passé récent montre que la volonté politique, aux Chambres fédérales ou dans les cantons, est encore très vacillante. Et les moyens insuffisants.

Exigences pour les véhicules

Certes, la Commission de l’environnement du Conseil des Etats vient d’approuver sans opposition le projet de révision de la loi sur le CO2 avec notamment la taxe sur les billets d’avion. Mais certaines conversions écologiques, comme celle du PLR, sentent encore trop la peinture fraîche. Car il y a quelques mois encore, en décembre dernier, une majorité de centre droit au Conseil national contribuait à faire capoter la réduction de moitié des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Les exigences pour les nouveaux véhicules importés et leurs conséquences sur l’augmentation des prix de l’essence restent d’ailleurs contestées. Une majorité de sénateurs tient ainsi à limiter à 10 centimes les répercussions sur le prix de l’essence. Alors, désigner la neutralité carbone pour 2050, c’est un peu contempler Sirius.