Au moment où l'Europe pense avoir résolu le problème le plus compliqué - celui de la monnaie unique - voilà que la vente des billets pour le Mondial de football 98 montre qu'elle n'a pas résolu l'un des plus simples. Quoi de plus simple, en effet, que de mettre en vente 2,5 millions de places. Le vendeur devrait ne se soucier que d'épuiser son stock sans s'occuper de la personnalité des acquéreurs. Erreur. Pour ce Mondial - mais cela arrive aussi pour d'autres compétitions sportives - on a réparti le gâteau selon des critères qui ressemblent à la recette du pâté d'alouette 50%-cheval, 50%-alouette: un cheval, une alouette. Dans le pâté du Mondial, le cheval est français, l'alouette étrangère.

Parce qu'il a décidé de vendre en priorité les billets du mondial aux français, le Comité d'Organisation est accusé d'adhérer au slogan: La France aux Français. Le CFO est accusé d'avoir des pratiques discriminatoires, inégalitaires, anticoncurrencielles, pour tout dire d'être comme la France de toujours, résolument archaïque. Michel Platini ne se laisse pas démonter et il continue d'affirmer que ceux qui ont financé la construction des stades du Mondial par leurs impôts ont payé pour avoir le droit d'en occuper les sièges.

L'argument paraît aussi indiscutable vu de France qu'il est déroutant vu d'ailleurs. La Commission et les députés européens sont partis à l'assaut du protectionnisme français: puisque la France fait partie de l'Europe, elle doit intégralement en appliquer les principes - marché ouvert, égalité d'accès à l'offre de biens. Vu de France, c'est difficile à comprendre; car, il est vrai que les Européens n'ont pas payé d'impôts pour financer la construction des stades. Les arguments sont également logiques: d'un côté le marché unique, de l'autre les impôts nationaux. L'Europe avance, cahin-caha, et de temps en temps, elle laisse voir qu'elle est en retard sur elle-même.

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