Quatre journées de congé, quatre réflexions à vous soumettre. Deux d’entre elles ne devraient pas poser de problèmes, les deux autres sont un peu téméraires.

Commençons par l’harmonie, par les joies du printemps. Il revient chaque année mais il ne ressemble pas au précédent, du moins dans ma perception, que je pense de partager avec beaucoup d’autres. Quelquefois on découvre une plante passée inaperçue, on remarque une variation, jamais entendue, du chant d’un oiseau. Cette année, mon printemps se place sous le signe de la ténacité. Depuis trois ans, je m’occupe d’un jardin plus grand, plus varié, et je suis de très près les plantes nombreuses que j’y ai ajoutées. L’hiver sévère de cette année a-t-il eu raison de mes ambitions? Non, beaucoup d’arbustes ont progressé durant le froid, même avant de faire des bourgeons. D’autres avaient déjà fait leurs bourgeons en automne, juste après avoir perdu leurs feuilles. Rien de nouveau sous le soleil – mais mon printemps 2010 me donne cette leçon de ténacité.

L’économiste pourrait y voir un symbole. Notre économie, notre place financière, nos finances publiques ont tout aussi bien tenu le coup à travers l’hiver de la crise financière. Et la conjoncture actuelle est déjà au-delà des premiers bourgeons. Mais il n’est pas permis de prouver des faits sociaux et économiques par des considérations sur la nature. La société n’est pas naturelle.

Une autre réflexion me vient après le débat, dans ce journal, sur le dialecte suisse-allemand qui s’interposerait entre Romands et Alémaniques. Typiquement, les expériences mentionnées provenaient surtout de Berne. Or, étant originaire des contrées lointaines de la Suisse orientale, ayant grandi à Herisau, parlant le dialecte saint-gallois, je peux affirmer que Berne est un mauvais exemple. Dans la plupart des autres cantons, lors d’une conférence, d’une rencontre, on parle le bon allemand, et on le parle bien mieux que les Bernois. Ceci tient à deux faits. D’une part, jusqu’à une date récente, on parlait surtout le bernois dans les écoles bernoises. Même dans les hautes écoles spécialisées où j’étais invité à parler et à discuter comme conférencier, je devais obliger l’auditoire à passer au hochdeutsch. Tandis que dans mon école de Herisau, dès la deuxième année, le hochdeutsch était de rigueur, même pour la leçon de gymnastique. D’autre part, les dialectes orientaux sont beaucoup plus proches du hoch­deutsch que le bernois.

Ceux qui m’étonnent le plus, ce sont les Haut-Valaisans, souffrant d’un dialecte que normalement je tiens pour du flamand. Quand ils passent au hochdeutsch, c’est limpide, correct, sans accent. L’école fait la différence. Chers Romands, visitez Saint-Gall, la Thurgovie, les Grisons!

Par la troisième réflexion, je vais pourfendre le chanteur portoricain Ricky Martin, une fois n’est pas coutume. Il s’est déclaré homosexuel pratiquant et a présenté par la même occasion ses deux bébés. Il est pervers. Non pas par son orientation sexuelle, mais par le fait qu’il a fait les bébés in vitro, sans toucher la femme, et que celle-ci a fait une grossesse locative. Depuis, elle a disparu et Ricky Martin proclame de les élever tout seul.

J’admets volontiers la diversité sous toutes ses formes, mais que l’on s’y tienne. Cet homme riche croit pouvoir tout acheter, même des bébés. Comment ces enfants ressentiront-ils leur identité s’ils apprennent leur origine?

Et de quatre: quand on ouvrait, Vendredi saint, la page de Google, elle était ornée de quelque chose de spécial, comme pour chaque jour sortant de l’ordinaire. Cette fois, c’était les contes de fées de Hans Christian Andersen. Vendredi saint, Pâques – des contes de fées? Le rapprochement peut s’imposer. A deux reprises, j’ai fait ce rapprochement, ici, quand je dénonçais les prescriptions de comportement assez farfelues des trois religions monothéistes. Mais Google ne fait pas de la critique des religions, au contraire, la firme mondialisée veut se tenir à l’écart de toute connotation idéologique ou religieuse. C’est pourquoi elle se rabat sur un auteur de contes de fées pour se limiter au côté bucolique de ce printemps. Bonnes fêtes alors!

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