J’adore mon métier. En plus de commenter le théâtre, ma passion, j’écris sur des sujets de société qui réjouissent ma curiosité. Des exemples? Grâce à la psychothérapeute Jeanne Siaud-Facchin, j’ai appris qu’apprendre avait un sexe. Les filles raffolent des explications, alors que les garçons préfèrent la spatialisation et la visualisation. Du coup, sur cinq élèves en difficulté scolaire, quatre sont masculins, car l’école fonctionne selon une logique analytique proche du mode féminin.

De la même manière, lorsque la philosophe Thérèse Hargot observe que les jeunes développent un rapport angoissé à la sexualité à force de se voir imposer le plaisir comme valeur suprême, je suis intriguée. La jeune femme s’oppose aussi à la pilule, outil d’asservissement et non de libération des femmes, explique-t-elle, dans la mesure où «la pilule diminue notre puissance sexuelle et implique un lien de dépendance envers le prescripteur, le médecin et le propriétaire de l’entreprise pharmaceutique». Pas bête, non? Ou encore, j’ai été percutée par l’économiste Christian Bourion qui démontre que l’ennui au travail tue à coup d’injonctions contradictoires et de dévalorisation.

Chaque fois, des spécialistes scrutent un sujet et livrent le fruit de leur observation. Sur les réseaux sociaux, de tels articles ouvrent la discussion et provoquent une rivière, parfois un fleuve, de rejet ou d’adhésion. C’est leur mission. Mais la semaine dernière, pour la première fois, le débat a cédé sa place à une forme d’hystérie. Le sujet? L’enfant-roi. Ou comment, selon le psychanalyste Alain Valterio, certains parents et éducateurs ont tellement intégré la dictature du soft prôné par une frange de la psychologie que, pétris de culpabilité, ils renoncent à toute forme d’autorité.

Tollé, suffocation, appel à la censure de ce psychanalyste romand et au boycott du «Temps». Les réactions ont pris une telle proportion qu’après avoir répondu que ces propos, aussi musclés soient-ils, avaient le droit d’être tenus et qu’ils avaient été salués par de nombreux professionnels de l’éducation – des SMS et des mails en témoignent –, je suis sortie de la mêlée. Avec cette question: comment se fait-il que des défenseurs de la liberté et du respect appellent à la prohibition? C’est, au mieux, un signe de faiblesse, au pire, un fantasme totalitaire. L’enfant, qu’il soit roi ou pas, mérite mieux que ça, non?

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