L’urgence climatique est devenue une évidence. Les scientifiques, par milliers, s’en alarment. Pourtant la possible destruction de l’environnement vital des humains peine à accrocher notre attention sur la durée. Pensez aux pluies torrentielles qui se sont abattues sur Lausanne à la fin de ce printemps: vidéos et images se sont succédé, on s’est ému des coûts et des désagréments causés. Beaucoup moins du fait que le réchauffement risquait de multiplier ce type de phénomène, y compris chez nous.

Il y a quelques jours paraissait le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC). Là encore, quelques gros titres alarmants (pour des conclusions effrayantes). Vite remplacés par d’autres gros titres bien plus anecdotiques.

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Depuis des années, toutes les initiatives visant à limiter le changement climatique répètent le même refrain, celui de la «prise de conscience». Comme s’il suffisait de se rendre compte des conséquences de nos modes de production et de consommation pour en changer. Comme si chaque personne, chaque entreprise, allait, par le miracle de la connaissance, entreprendre sa grande transformation – toujours dans son pré carré.

Des efforts assez vains

Et pourtant, c’est un constat d’échec qu’il faut poser. Loin de moi l’idée de dévaloriser ceux qui parviennent, dans leur vie, à agir de façon exemplaire. Mais l’addition de ces efforts ne pèse malheureusement pas encore très lourd. Bien des individus ont en effet d’autres préoccupations, plus basiques, que leur impact sur l’environnement. Pour d’autres, l’étendue du problème génère paradoxalement une forme de déresponsabilisation. J’ai moi-même souvent pensé qu’un court trajet en avion de plus n’était finalement pas décisif.

Continuons à marcher pour le climat

Pour sortir de l’impasse, il va falloir faire de la politique. On n’a pas trouvé mieux pour faire face ensemble à ce qui nous dépasse individuellement. Et force est de constater qu’après ces années de prise de conscience, il n’est pas devenu beaucoup plus facile de légiférer pour lutter contre le réchauffement dans nos parlements. Donc oui, continuons à marcher pour le climat. Soyons responsables dans notre quotidien. Mais il ne suffit plus aujourd’hui de s’inquiéter des pelures de patate qui finissent dans la poubelle. Il va falloir plutôt se demander pourquoi on retrouve autant d’enveloppes de vote dans le vieux papier.


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