A peine la Suisse recule-t-elle d’un rang en matière de compétitivité digitale mondiale qu’aussitôt la presse sonne le tocsin (LT du 02.10.2020), stigmatisant ses «faiblesses», sa «lenteur», son «retard». Au-delà d’un non-événement – notre pays se classe 7e en 2016, 5e en 2018, 6e en 2020, l’épisode en dit long sur la ferveur envers l’innovation et la célébration du high-tech. Ce paradigme sacro-saint s’exprime de la manière la plus accomplie à travers l’incantation à la numérisation tous azimuts de la société, et son marché faramineux. Or il est grand temps de questionner le dogme.

Le persistant imaginaire occidental

Dans les contestataires années 1968, la micro-informatique balbutiante représente une technologie émancipatrice des travers du monde industriel standardisé. Un demi-siècle plus tard, le bilan résonne tout autre. Avec près de 2 milliards d’ordinateurs, tablettes et smartphones vendus en 2019, le secteur s’est retourné en moyen d’«extension ininterrompue de l’usine monde», selon la journaliste Célia Izoard. Le déferlement des technologies d’information et de communication a provoqué l’extraction de davantage de métaux en une génération que pendant toute l’histoire de l’humanité.