Opinion

Contre la répression en Turquie et pour l’acquittement définitif de Pinar Selek

OPINION. Des universitaires européens et suisses dénoncent la répression accrue contre leurs collègues turcs et appellent à l'acquittement de l'écrivaine Pinar Selek, réfugiée en France

C’est un fait: le régime politique turc a pris des accents autoritaires antidémocratiques, sous la férule d’Erdogan. Ce n’est pas une raison pour se résigner, au contraire: plus les citoyens sont passifs, plus le risque de mépris pour les valeurs démocratiques est grand. La menace est réelle, comme on le voit dans bien divers pays d’Europe ou du Moyen-Orient.

Acharnement judiciaire

Le cas de Pinar Selek est emblématique de la chape de plomb qui s’est abattue en Turquie, des mesures de rétorsion massives autant qu’arbitraires prises contre des universitaires, des journalistes, des magistrats, des militants et contre tous ceux qui revendiquent leur liberté de mouvement, de pensée et d’expression. Pinar Selek, sociologue, écrivaine et militante turque, réfugiée politique en France à partir de 2012 et maintenant citoyenne française, fait l’objet d’un acharnement politique et judiciaire qui dure depuis près de vingt ans. Ses recherches sur le problème kurde sont à l’origine d’une persécution qui l’a conduite en prison, puis en exil, en Allemagne puis en France, où elle réside depuis six ans. La persécution qu’elle subit se traduit par une menace d’emprisonnement à vie après quatre acquittements, ce qui donne la mesure du péril démocratique qui règne en Turquie.

La persécution qu’elle subit se traduit par une menace d’emprisonnement à vie après quatre acquittements

La répression est massive. L’acharnement se poursuit également contre les 1128 universitaires qui ont signé en janvier 2016 la pétition Pour la Paix. Intitulée «We will not be a Party to this Crime», elle visait à attirer l’attention sur les actes de violence perpétrés par l’Etat dans les régions kurdes de Turquie. Après avoir condamné les signataires à une véritable mort civile en leur interdisant de travailler voire de quitter le pays, le gouvernement turc vient d’accroître la pression sur eux. Le Procureur d’Istanbul a publié un acte d’accusation pour propagande terroriste à leur encontre, avec des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 7 ans et demi. Les premiers procès individuels ont commencé le 5 décembre.

Criminalisation des universitaires

Il est urgent que se manifeste un soutien actif et déterminé de la communauté internationale contre cette nouvelle étape de la mise au ban et de la criminalisation juridique de nos collègues. C’est pourquoi nous demandons à nos élus respectifs, parlementaires nationaux et européens, d’exiger le respect du droit et des libertés fondamentales en Turquie et de se mobiliser en faveur de toutes les victimes de la répression, dont les centaines d’universitaires signataires de la pétition pour la paix qui font l’objet de poursuites judiciaires, et en soutien à Pinar Selek qui doit être définitivement acquittée. Nous attendons de leur part non seulement des prises de position auprès des autorités turques, mais également des programmes d’accueil renouvelés et de réels engagements financiers.

La solidarité des citoyen-n-e-s européen-n-e-s avec le combat démocratique en Turquie doit se faire entendre d’une seule voix!


Les signataires: Claude Calame (Uni Genève), Marylène Lieber (Uni Genève), Muriel Surdez (Uni Fribourg), Ivan Sainsaulieu (Uni Lille 1, associé IEPHI-UNIL), Ada Marra (Députée au parlement national), Cornelio Sommaruga (ex président du CICR), Erica Deuber Ziegler, Jean Ziegler.


Cette tribune est publiée simultanément dans 4 journaux européens par les universitaires européens contre la répression en Turquie. La liste complète des signataires est disponible à cette adresse.

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