Steven Spielberg en fera peut-être un jour un film. Le réalisateur de Munich, le long métrage tant attendu sur les liquidations des terroristes palestiniens de Septembre noir par les commandos du Mossad israélien après l'assassinat des athlètes de l'Etat hébreu aux JO de 1972, aurait après tout un intense grain dramatique à moudre s'il se penchait sur la guerre contre Al-Qaida version George Bush. Opérations d'écoutes à l'échelle mondiale, prisons secrètes, transferts de prisonniers dans des avions aux fausses immatriculations et, pour couronner le tout, exécutions à distance via des tirs «ciblés» de missiles par des avions sans pilote activés depuis les Etats-Unis. Même les spécialistes du renseignement l'avouent: la gigantesque machine à tuer et à capturer mise en place par le Pentagone contre la nébuleuse d'Oussama ben Laden depuis le 11 septembre est sans doute plus folle encore que ne pourraient l'imaginer les scénaristes de Hollywood.

Le seul problème est que toutes les mécaniques s'enrayent. Y compris, comme le montre Munich, celles à liquider. Lorsque de nouveau, vendredi, une frappe américaine sur un village pakistanais a fait près de 18 morts dans la population, sans atteindre le numéro deux présumé d'Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, l'envers du décor a soudain resurgi. La rue, de Karachi à Islamabad, s'est enflammée. Le criminel rescapé a un peu plus étoffé sa stature de héros.

Un Spielberg bien inspiré pourrait aussi raconter l'impasse dans laquelle se trouve la liquidation judiciaire de Saddam Hussein. Le tyran sanguinaire a beau jouer sa tête devant le Tribunal spécial irakien, les imperfections de ce dernier lui ont pour le moment donné l'avantage. Là aussi, les Américains sont à la manœuvre partout: dans la recherche des preuves, dans la nomination des juges, dans la surveillance de la défense, qui rencontre ses clients dans des prisons gardées par les GI. Et voilà que le président dudit tribunal craque et démissionne, incapable de «liquider» les huit accusés passibles de la peine de mort. Tragique impasse que cette impression d'une guerre contre le mal dont les canons, comme les juges, finissent par s'enrayer. Tandis que continuent d'exploser les bombes et les voitures piégées des terroristes islamistes et des criminels nostalgiques du dictateur irakien.

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