Le monde s’en est rendu compte le 11 septembre 2001: face au terrorisme islamiste, il n’était tout simplement pas prêt. Cette menace avait été totalement sous-estimée, au point que les services secrets manquaient totalement de personnel arabophone. Les moyens ont été, depuis lors, massivement redirigés, et les décennies suivantes ont été marquées par la «guerre contre la terreur». Pour le meilleur et, souvent, pour le pire.

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Face à la pandémie actuelle, la planète découvre de nouveau sa vulnérabilité. Le danger était connu (et annoncé) de longue date, mais les autorités politiques ne l’ont pas, une fois encore, considéré à sa juste mesure. Il restera à en retenir la leçon: le savoir scientifique, la collaboration mondiale entre des Etats revigorés, la «souveraineté sanitaire», mais aussi les «métiers invisibles» et sous-valorisés, qui font fonctionner les sociétés sans que personne ne s’en soucie, sont, pêle-mêle, autant de secteurs qui devraient bénéficier, demain, de ce nouveau choc planétaire.

Mais il reste aussi à ne pas cumuler les erreurs. Dans le sillage de l’effondrement des tours jumelles de New York, puis de la naissance de l’organisation de l’Etat islamique, la planète a pris une nouvelle tournure. Pistage et contrôle systématique des habitants au moyen des nouvelles technologies (cf. la NSA américaine), exploitation de la peur de l’immigration musulmane et des égoïsmes nationaux… Conjuguées aux excès de la mondialisation et à la fièvre néolibérale, les dérives de la guerre contre le terrorisme ont bel et bien formé les gros points noirs qui ont assombri ces vingt dernières années.

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Or, à la faveur de la propagation du Covid-19, ces travers ne demandent qu’à se réactiver. A l’heure de remporter cette nouvelle «guerre» contre le coronavirus, les recettes offertes par le paternalisme populiste et les autoritarismes sont aussi tentantes que le recours à de nouvelles technologies pour traquer les porteurs de virus. Ces recettes sont à l’œuvre aujourd’hui un peu partout, sur tous les continents, et favorisées de surcroît par une Chine qui entend, paradoxalement, tirer parti de cette pandémie sur le plan géopolitique, bien que ses propres incompétences en soient en partie à l’origine.

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Or tous les défenseurs des libertés individuelles vous le diront: les entraves à ces libertés sont bien plus faciles à mettre en œuvre qu’à abolir par la suite, une fois la période «d’exception» terminée. La guerre contre la terreur avait servi de prétexte pour faire de tout un chacun un terroriste potentiel. Dans beaucoup de régions du globe, la guerre qui est déclarée aujourd’hui contre le Covid-19 menace à son tour de confondre les êtres humains avec les virus dont ils sont, ou non, porteurs.