Il est logique, comme l’a annoncé l’UEFA dimanche, que des sanctions sportives soient envisagées contre des équipes dont les supporters se rendent coupables de violences. L’Angleterre et la Russie, dont les fans ont transformé ce week-end une partie du Vieux-Port de Marseille en champ de bataille, doivent comprendre qu’un tel spectacle n’est pas tolérable, même si les hooligans responsables de tels actes sont bien sûr des éléments incontrôlés et que l’écrasante majorité des fans russes et anglais n’a rien à voir avec cet inacceptable déferlement de haine.

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Il n’en est pas moins normal, en parallèle, de s’interroger sur l’attitude des forces de l’ordre françaises dont la plupart des experts soulignent depuis des semaines l’épuisement, et les interventions de plus en plus musclées. Dans les jours qui ont précédé l’Eurofoot, plusieurs cas de violences policières contre des manifestants et des journalistes ont été documentés à Rennes, tandis que d’autres avaient été signalés en avril à Nantes. Le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, interpellé par la presse bretonne, avait alors réaffirmé le principe de «tolérance zéro» envers les comportements déplacés des forces de l’ordre, dont l’état de nervosité et de fatigue est une évidence. Après sept mois d’état d’urgence pour cause de menace terroriste, et des semaines de confrontations avec les protestataires de Nuit debout ou de la CGT opposés au projet de loi sur la réforme du Code du travail, de nombreuses unités de CRS ont par exemple fait savoir qu’elles étaient «à bout». Un climat de tension accru, en plus, par l’incendie d’une voiture de police à Paris le 18 mai, près de la place de la République, dont les images ont fait le tour du monde.

Alors que la CGT poursuit son bras de fer et prévoit de marcher de nouveau mardi dans les grandes villes pour sa huitième journée d’action depuis le début de la contestation contre la loi El Khomri, le risque d’une convergence des violences dans cette France troublée doit par conséquent être pris très au sérieux. Plusieurs experts britanniques en hooliganisme ont ainsi affirmé qu’une partie des incidents marseillais auraient pu être évités si les policiers français n’avaient pas, de suite, brandi leur matraque et tiré des gaz lacrymogènes. Vrai? Faux? En ce début de compétition, entamée par une superbe et conviviale ouverture au Stade de France et dans les fan-zones parisiennes, l’urgence d’agir de façon différenciée et avec sang-froid doit en tout cas être réaffirmée avec force.