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La coopération internationale doit être le moteur des voitures autonomes

L’avenir est aux voitures connectées. C’est pourquoi il faut s’atteler dès maintenant aux règlements internationaux qui permettront leur introduction sur le marché. Genève aura un rôle important à jouer, estime Christian Friis Bach, sous-secrétaire général de l’ONU, tandis que s’ouvre le 85e Salon de l’auto

Voitures autonomes: la nécessité d’une coopération internationale

Imaginez un monde où vous pouvez vous détendre pendant que votre voiture roule toute seule. Où les personnes âgées peuvent rester mobiles et où votre voiture se gare lorsque vous le lui demandez. Imaginez un monde où le nombre des accidents de la route est considérablement réduit.

Ce monde n’est peut-être pas si lointain.

Ces derniers mois, chaque semaine a vu des entreprises automobiles ou technologiques annoncer leurs projets de développer des voitures autonomes. La technologie se développe rapidement, des prototypes sont testés un peu partout. Nous devons maintenant travailler ensemble pour créer le cadre réglementaire et les infrastructures nécessaires.

Les voitures autonomes ont le potentiel de changer la vie de centaines de millions de personnes en rendant le transport automobile plus sûr, plus efficace et moins polluant. Cela bouleverserait l’industrie automobile mondiale, qui emploie près de 50 millions de personnes, et représente un chiffre d’affaires de près de 2000 milliards de dollars par an.

Des milliers de vies pourraient être sauvées en réduisant le nombre d’accidents de la route, qui tuent 1,2 million de personnes par an. De nombreuses villes dans le monde souffrent d’un encombrement de la circulation et d’une pollution chroniques. Les nouvelles technologies pourraient apporter une solution à nombre de ces problèmes.

La voiture autonome aura une vision périphérique à 360 degrés. Elle pourra emmagasiner plus d’informations et avoir des temps de réaction plus courts que n’importe quel conducteur. Des voitures connectées les unes aux autres seront capables de déterminer la vitesse optimale et de réduire ainsi les embouteillages et la pollution atmosphérique, permettant d’économiser des milliards de dollars.

En outre, les voitures autonomes pourraient considérablement favoriser l’inclusion sociale, y compris sur le marché du travail, des personnes handicapées.

Mais tous ces avantages doivent encore se matérialiser. Les voitures autonomes soulèvent en effet de nombreuses questions, liées notamment à la responsabilité civile en cas d’accident, aux régimes d’assurance, aux normes de sécurité, à la fiabilité et à la sécurité des systèmes informatiques et de télécommunication, pour n’en citer que quelques-unes. Fournir une réponse appropriée à ces questions sera la condition préalable à l’introduction massive de ces véhicules sur le marché.

Certaines réponses sont déjà en cours d’élaboration. Le Forum mondial pour l’harmonisation des règlements sur les véhicules, qui opère sous les auspices de la CEE-ONU, est en train d’évaluer des propositions pour des systèmes de conduite semi-automatisés, tels que l’auto-stationnement, le pilotage automatique sur autoroute ou en cas d’embouteillages, ce qui ouvrira la voie à des véhicules hautement automatisés.

En 2014, la Convention de Vienne de 1968, qui stipule que le conducteur doit rester maître de son véhicule à tout moment, a été amendée pour faciliter l’introduction des nouvelles technologies visant à améliorer la sécurité routière.

Ce sont là des progrès importants. Mais beaucoup reste à faire. Plusieurs pays lancent des projets pour tester ces technologies émergentes à grande échelle, sachant bien qu’il s’agira d’un point clé pour préserver la compétitivité de leur industrie automobile. Ces pays veulent aller de l’avant, et ce à juste titre. Mais ils doivent résister à la tentation de légiférer au niveau national. Des législations nationales divergentes gêneraient non seulement le commerce international en introduisant de nouvelles entraves techniques mais compliqueraient aussi considérablement le trafic routier international.

C’est pourquoi nous devons impérativement coopérer au niveau international. Ce n’est que par le développement de règlements fondés sur les normes les plus largement acceptées et sur le consensus d’experts du monde entier que nous serons en mesure d’embrasser toutes les promesses des véhicules autonomes et intelligents. Par exemple, pour profiter pleinement des avantages liés à la connectivité (entre les véhicules et entre les véhicules et l’infrastructure routière), des protocoles informatiques et de télécommunication harmonisés devront être développés. Cela sera indispensable pour garantir une véritable interopérabilité entre les différents systèmes, qui seule permettra de dégager les économies d’échelle nécessaires au déploiement de ces technologies. Ce travail est encore à faire. Heureusement, les moyens d’intégrer ces futurs standards à la réglementation automobile existent déjà au sein du Forum mondial.

Cette semaine, le secteur automobile mondial se réunit à Genève, qui sera la vitrine des dernières technologies et des plus belles voitures. J’invite donc toutes les parties concernées, les Etats membres, l’industrie automobile, les industries informatiques et des télécommunications, ainsi que les autres organisations de normalisation, à contribuer activement dans les mois et les années à venir à amender les conventions internationales de transport hébergées par la CEE-ONU pour définir le ­cadre légal et les règlements nécessaires au développement des voitures autonomes.

Nous disposons des outils. Les technologies seront bientôt prêtes. Travaillons ensemble pour apporter à tous les avantages des futures voitures autonomes.

Sous-secrétaire général des Nations unies et secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe

Les pays doivent résister à la tentation de légiférer au niveau national. Il faut éviter les divergences

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