Novembre 2022, c’est ce mois où l’humanité aura enchaîné une conférence mondiale sur le changement climatique et une Coupe du monde de football organisée dans le désert. Où les problèmes dont il aura été question dans la première se trouveront immédiatement accélérés par la tenue de la seconde. Où l’on aura constaté que le volontarisme politique et les investissements audacieux peuvent faire des miracles lorsqu’il s’agit non pas de trouver des solutions à l’inévitable «suicide collectif» évoqué par le secrétaire général de l’ONU en ouverture de la COP27, mais d’émettre 3,63 millions de tonnes de CO2 de plus, au nom du football.

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Parce qu’il en aura fallu, de la détermination et de l’argent, pour organiser cette Coupe du monde 2022 en ce point de la planète qui, il y a moins d’un demi-siècle, comptait à peine 32 Bédouins par kilomètre carré de sable. Grâce à l’immigration récente de dizaines de milliers de consultants anglo-saxons, de centaines de milliers de domestiques philippines et plus encore d’ouvriers jetables en provenance du sous-continent indien, Doha est à présent une ville très bien climatisée qui compte plus de 2,3 millions d’habitants.

Seulement, pour vivre agréablement dans le désert, un Qatari dépense aujourd’hui 2,5 fois plus de CO2 qu’un Américain, 4,5 fois plus qu’un Chinois, 7,5 fois plus qu’un Suisse et 160 fois plus qu’un Ethiopien. Qu’en sera-t-il à la fin du siècle lorsque, comme le prédit une étude parue dans Nature Climate Change, le golfe Persique connaîtra des pics de température à 80 degrés Celsius?

Dans les semaines à venir, d’aucuns s’esbaudiront devant ce «miracle dans le désert» que constitue le Qatar – là où, en vérité, il n’y a que de l’orgueil, de l’argent, du court-termisme et de la pollution. La COP n’aura peut-être servi qu’à le rappeler: les années qui nous séparent de la fin du siècle seront, inéluctablement, celles des déplacements de masse des réfugiés du climat. Est-ce vraiment de stades flambant neufs dans le désert dont ils auront besoin?