Revue de presse

COP25: pour que le slogan #TimeForAction soit davantage qu’un slogan

Beaucoup voient la conférence de Madrid comme un marchepied vers celle de Glasgow l’an prochain, où les Etats devront présenter de vrais plans nationaux. En attendant, les cris d’alarme contre les effets du réchauffement n’ont jamais été aussi hauts

Records de chaleur, multiplication des catastrophes météo, fonte des glaces, déclin de la nature: les preuves de l’impact dévastateur des activités humaines sur la planète s’accumulent, attestant de l’urgence à agir, en particulier contre le dérèglement climatique. En moins d’un an, quatre rapports des scientifiques de l’ONU sur l’état de la planète ont sonné comme des coups de tonnerre, réveillant des citoyens du monde entier. Un constat alarmant qui met la pression sur les signataires de l’Accord de Paris sur le climat, réunis à partir de ce lundi et jusqu’au 13 décembre à Madrid pour la COP25.


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Cela dit, personne n’est dupe, cette 25e conférence de l’ONU sur le changement climatique (voir son compte Twitter) risque de ne pas répondre aux appels pressants à des actions immédiates et radicales que constituent la désobéissance civile ou les défilés de jeunes par millions… Malgré le fait que depuis une année, les pays signataires de l’Accord de Paris – dont les Etats-Unis veulent se retirer – fassent l’objet d’une pression sans précédent que résume le mot d’ordre de ces deux semaines de réunion: #TimeforAction.

«Nous ne pouvons plus remettre l’action à plus tard», confirme la ministre espagnole de l’Environnement, Teresa Ribera, dont le pays accueille cette conférence au pied levé après le désistement du Chili – dont le gouvernement est débordé par les troubles sociaux agitant le pays, mais qui assure toutefois la présidence de cette COP. «Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse», juge pour sa part le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dénonçant des engagements «totalement insuffisants» contre le réchauffement: «Depuis des décennies, l’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. Nous devons mettre fin à notre guerre contre la nature», lance-t-il.

La COP25 a notamment «vocation à s’assurer que toutes les mesures sont prises pour que les émissions mondiales de gaz à effet de serre cessent enfin de croître», explique Courrier international. Sur ce coup-là, les observateurs disent le Vieux Continent en pointe. «Le 28 novembre, le Parlement européen a décrété l’urgence climatique et environnementale. Un vote important, car il a été adopté par un parlement représentant plus de 500 millions de personnes», souligne le Washington Post. Mais au-delà des intentions?

Objectif: maximum 2°C

C’est une question de calendrier: avec l’arrivée du nouvel exécutif européen, ce vote symbolique devrait «maintenir la pression sur les dirigeants de l’UE», estime RTL Belgique. Quel est l’objectif? C’est à la fois simple à dire et très compliqué à réaliser: il faut «s’assurer que les mesures nécessaires sont bien mises en œuvre pour que l’Accord de Paris – qui vise à limiter à 2°C l’augmentation de la température mondiale par rapport aux niveaux préindustriels – signé en 2015 lors de la COP21 soit respecté». Selon la très référentielle revue scientifique Nature, on n’a plus le choix, et pour mieux comprendre les enjeux de ce défi, il vaut la peine de se plonger dans les «onze questions pas si bêtes sur le changement climatique» auxquelles tente de répondre FranceInfo.

Des questions pressantes, qui suscitent parfois de fortes inquiétudes. D’où cette «nervosité dans l’air et quelques nuages d’incohérence dans le ciel», selon Le Républicain lorrain, qui vilipende le tout récent Black Friday, «dont la philosophie n’est pas précisément éco-responsable» alors qu’on sait très bien qu’il faut «traquer les surconsommations en tous genres». Comment? Avec des mécanismes qui permettent de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre. On les a mille fois évoqués: le marché carbone, le Fonds vert pour le climat, l’indemnisation des dégâts dus aux phénomènes météorologiques extrêmes ou encore le soutien aux pays en développement pour la transition vers un nouveau modèle énergétique.

Quelles ambitions?

Toujours selon Antonio Guterres, on attend donc «davantage d’ambition de ce sommet, qui devrait […] entraîner dans son sillage une mobilisation fervente pour la défense du climat», note El Espectador, qui souligne par ailleurs que «les gouvernements sont soumis à une pression grandissante de la rue du fait du décalage entre ce qu’ils devraient faire au regard de la science et ce qu’ils font vraiment». Dans ce contexte un peu déprimant, aux yeux du quotidien colombien, il faut corriger le tir, c’est-à-dire:

Présenter des plans climatiques plus ambitieux qui devront être prêts pour 2020. Sans les Etats-Unis

«Corriger le tir», c’est aussi «mesurer si les Etats tiennent leurs promesses»: tel était déjà l’enjeu de la COP24 à Katowice en Pologne en 2018, lit-on sur le site LeGrandContinent.eu. Alors, finalement, qu’est-ce qui a avancé? A-t-on affaire à «une nouvelle COP pour rien?» questionne Libération. C’est bien «le refrain [qui] trotte dans les têtes depuis près d’un an. […] La conférence de Madrid serait le marchepied vers celle de Glasgow, en décembre 2020. Très attendue, la COP26 sera le premier grand rendez-vous dans le cycle onusien depuis la signature de l’Accord de Paris. Les Etats volontaires y sont appelés à présenter de nouvelles contributions nationales, plus ambitieuses.»

Dans le fond, la vraie question, c’est celle que pose La Croix: «Que faire quand on ne peut plus s’adapter au réchauffement climatique? […] Des sujets jusque-là occultés deviennent brûlants, comme la question des pertes et préjudices, autrement dit les destructions déjà irréversibles liées au réchauffement dans des pays particulièrement exposés.» Des exemples? «Un atoll du Pacifique Sud qui prépare l’exil de sa population. Des villages du Malawi, en Afrique de l’Est, dont les terres sont devenues incultivables du fait de la multiplication des sécheresses et des inondations. Le manque d’eau chronique dans la région du Huancayo, au Pérou, qui dépend entièrement d’un glacier bientôt disparu»… et l’on en passe.

«On parle là des conséquences du réchauffement que l’on ne sait pas gérer, on est au-delà de l’adaptation», relève Paul Watkinson, qui préside l’organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique de la convention climat (SBSTA). «En d’autres termes, ces impacts changent foncièrement la situation des populations concernées.»


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