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il était une fois

Les Coptes, orphelins de leur Egypte

Autrefois à l’avant-garde du renouveau arabe, la communauté copte d’Egypte s’est retrouvée progressivement mise à l’écart, voire ciblée par des attentats récents. De son côté, le patriarche Chenouda III a entrepris depuis 40 ans une rénovation traditionaliste, pour montrer aux Egyptiens que son Eglise et la communauté n’en étaient pas à leur dernier souffle. Par Joëlle Kuntz

Une douzaine de personnes sont mortes le 7 mai lors d’une attaque de l’église copte de Saint-Ména au Caire par des groupes salafistes qui protestaient contre le «séquestre» supposé d’une femme récemment mariée à un musulman et convertie à l’islam. Depuis le début de la décennie, conversions et mariages provoquent des irruptions de passion entre les imaginations allumées des groupes extrémistes. En janvier, c’est une église d’Alexandrie qui avait été incendiée et 21 personnes tuées. Les Coptes, qui constituent entre 10 et 15% de la population égyptienne, se sentent menacés. Le temps a passé où ils pensaient être chez eux en Egypte.

Evangélisés par saint Marc vers l’an 40, les chrétiens coptes égyptiens se considèrent comme la première source du christianisme. Leur querelle avec Byzance sur la nature du Christ les a affaiblis alors que s’installait en Egypte, dès le VIIe siècle, la domination arabo-musulmane. En 751, le calife était déjà en position de leur interdire l’usage de la langue copte au profit de l’arabe. Au siècle suivant, leur pape se voyait imposer le port d’un turban noir et d’une croix lourde de deux kilos autour du cou, signes qu’il arbore encore aujourd’hui en souvenir des persécutions. Clairement minoritaire à partir du XVe siècle, et condamnée à la discrétion, l’Eglise d’Alexandrie a vu sa position s’améliorer au XIXe siècle, quand elle s’est trouvée mêlée au renouveau culturel arabe qui allait ébranler l’Empire ottoman puis défier les puissances coloniales européennes.

Les chrétiens du Moyen-Orient ont en effet joué les premiers rôles dans la modernisation des sociétés auxquelles ils se sentaient appartenir intégralement, tant en Syrie qu’en Irak, en Egypte ou en Tunisie. En tant qu’Arabes dans un environnement musulman dont ils partageaient la culture, ils ont œuvré aux développements qui allaient aboutir à l’émancipation régionale puis nationale. «Je suis Egyptien de nationalité, et musulman de culture», disait par exemple Makram Ebeid Pasha, l’un des fondateurs, chrétien, du Wafd, le parti nationaliste libéral égyptien, du temps de la monarchie constitutionnelle. Présents dans la création d’universités, dans les arts – à son inauguration, en 1869, l’opéra du Caire était le quatrième au monde –, dans l’édition, la presse et bien sûr la politique, les chrétiens égyptiens, coptes mais aussi catholiques et grecs orthodoxes, ont fait le pont entre le monde islamique et l’Occident. Ils ont été nombreux à promouvoir l’idée de la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans le cadre d’une nation libre et politiquement laïque. Le concept d’«égyptianisme» leur a d’autant mieux convenu qu’il faisait d’eux, les minoritaires du point de vue de vue de la religion, des égaux du point de vue de la citoyenneté.

L’égyptianisme n’a cependant pas survécu au panarabisme défendu par Nasser dans les années 1950. Bien qu’arabistes eux-mêmes, les Coptes se retrouvaient mal dans le projet d’une «nation arabe» tournée non plus vers la Méditerranée ouverte et plurielle mais vers l’hinterland d’un monde strictement musulman. Certes, Nasser restait dans la laïcité et en cela il ne dérogeait pas aux fondements républicains de l’Egypte indépendante, mais son alliance avec l’Union soviétique et ses projets d’agrandissement ont découragé nombre de chrétiens, qui sont soit partis, soit ont perdu leurs anciennes positions d’influence dans la vie sociale et politique.

L’écrivain Tarek Osman, qui décrit ces évolutions dans un livre paru l’an dernier*, affirme qu’à partir de là Egyptiens chrétiens et Egyptiens musulmans ne se sont plus perçus comme appartenant à la même société. Les Coptes, dit-il, se sont réfugiés dans une Eglise qui leur servait de secours et d’identité dans l’océan islamique tandis que les musulmans s’affirmaient toujours davantage dans leurs prérogatives de majoritaires, appuyés sur les pays de plus en plus riches du Golfe et de la péninsule Arabique où ils trouvaient des perspectives de travail et d’enrichissement.

Plus le caractère «national égyptien» reculait, plus le caractère religieux prenait le dessus. Les traditions importées de l’Occident pendant les décennies de modernisation ont été peu à peu remplacées par des valeurs centrées sur la religion. Les institutions de la société civile – associations professionnelles, syndicats, salons culturels, organisations de solidarité – se sont délitées, tandis qu’arrivait dans les métiers influents du droit, de la presse, de l’éducation un personnel toujours plus religieusement motivé.

A la montée de l’islamisme, l’Eglise copte a répondu par une re-christianisation doctrinaire. Elu en 1971, le patriarche Chenouda III a entrepris une œuvre de rénovation ancrée dans la tradition la plus stricte, avec l’espoir de faire savoir aux Egyptiens que son Eglise ne devait pas être tenue pour morte. Poursuivi par Sadate qui pensait pouvoir détourner sur les Coptes les fureurs des islamistes, Chenouda III a appuyé Moubarak dans l’idée qu’une commune hostilité contre les islamistes rouvrirait aux Coptes les portes d’une citoyenneté égyptienne à part entière. La révolution de ce printemps laisse entière la question de savoir si le calcul fut raisonnable.

* Egypt on the Brink: From Nasser to Mubarak, Yale University Press, 2010.

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