vie numérique

Le coq à l’âne de Wikipedia

C’est le hasard sans la nécessité: une fonction méconnue de Wikipedia permet de trouver quelque chose qu’on n’avait absolument pas cherché. Rafraîchissant

C’est une option proposée dans la colonne à gauche des articles de Wikipedia (oui, j’assume): article au hasard. Je tape, et surgissent, dans un merveilleux foutoir - «Tikieddine Sohl, homme politique libanais, mort en 1988», puis «Senepol,une race bovine créée aux Caraïbes». Je retape. «We Own The Night Tour, la 3e tournée du groupe américain Selena Gomez and The Scene». Le «Netsêhesenêstsehe» (une centaine d’articles ont été écrits dans cette langue d’Amérique du nord).

J’aime Wikipedia, parce que depuis 2001, coexiste à côté de la stricte arborescence des sujets, cette fonction coq à l’âne qui se moque du Web sémantique. Vous savez, la machine qui s’adapte à l’homme: les suggestions de Google qui organisent ma recherche dès que j’ai inscrit quelques lettres. Ou les cookies qui me suggèrent de repartir au même endroit que l’été passé sur ce site de voyage. Ou encore les sites libraires qui veulent me persuader que si j’ai aimé Camus, j’aimerai aussi Sartre (mein Gott, quelqu’un devrait leur expliquer...)

Tandis que Article au hasard m’aère les neurones. Aucune efficacité immédiate du clic, aucun approfondissement thématique, aucun éclairage oblique qui me donnerait de nouvelles lumières sur un sujet - non, le saute-moutons est radical, définitif. C’est l’équivalent numérique du jeu de l’ascenseur chez Harrod’s: vous appuyez sur un numéro au hasard - et découvrez un étage presqu’entièrement consacré aux accessoires pour chiens, puis un autre dédié aux robes de mariées... Allez, je reretape. «Les îles Farne, un archipel de 15 à 20 îles (selon la hauteur de la marée) situé au large du Northumberland, en Angleterre». Formidable détail: selon la hauteur de la marée...

Qui a eu l’idée de ce bouton à rêver? Mon grand-père jouait au jeu du dictionnaire: il ouvrait une page au hasard du Robert des noms propres , regardait en haut à gauche et lisait soigneusement la biographie du premier nom inconnu qu’il croisait. Dont il n’aurait, à coup sûr, jamais entendu parler autrement. A quoi cela lui servait-il, demandait ma grand-mère. A rien, justement, c’était toute la beauté de la chose.

Peut-être qu’à Wikipedia aussi, certains ont compris l’importance de l’inutile. A rebours des graphsearch, des hashtags et autres «on en parle» conformistes, voici un service qui vous propose de vous libérer de votre passé numérique, de vos habitudes, de vos cercles sociaux, pour vous offrir quelque chose de différent, pas filtré, pas prédigéré. Une information tombée de la Lune: le frisson de la rébellion n’est pas loin...

Et qu’on ne vienne pas me parler des algoritmes de l’aléatoire.

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