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Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif avec le directeur de l’AIEA, Yukiya Amano, et de la haute représentante de l’UE, Federica Mogherini. 
© LEONHARD FOEGER/ REUTERS

Chronique

Corée, Iran: l’épineuse question des armes nucléaires

Tous les regards se sont portés cette semaine sur la rencontre Trump-Macron dont l’un des enjeux principaux, outre leur com respective, était la résiliation de l’accord avec l’Iran. En même temps, les Etats signataires du Traité de non-prolifération nucléaire débattent du sujet à Genève. Qu’en attendre, se demande notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton?

Dans le même temps que les affaires s’arrangent avec la Corée du Nord, Donald Trump entend «déchirer» l’accord signé avec l’Iran stipulant sa limitation du programme nucléaire pendant au moins une décennie. Pourtant, le rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) indiquait en 2016 que Téhéran avait respecté ses engagements en cessant son programme d’enrichissement d’uranium.

Mais qu’importe dès lors que le président américain ne supporte pas que l’Iran soutienne avec succès le régime syrien, ce qui lui offre un accès à la Méditerranée, ni qu’il s’entête dans sa politique anti-israélienne en finançant le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Sans oublier que l’Iran est la bête noire de ses amis des monarchies sunnites du Golfe.

Un TNP qui ne sert pas à grand-chose

Si l’accord est mis en cause, il est certain que l’Iran se dotera de nouveau d’un arsenal nucléaire, sous le prétexte qu’on a laissé Israël en acquérir pour les braquer sur Téhéran. Il existe pourtant un Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qui fait très joli dans le paysage mais ne sert pas à grand-chose. Seuls quatre pays ne l’ont pas signé dont Israël, l’Inde et le Pakistan, qui ont développé l’arme nucléaire (qui les y a aidés?) sans en être sérieusement punis, et la Corée du Nord qui s’en est retirée pour la même raison. En réalité, cet accord présente un défaut d’origine qui entache sa crédibilité.

En effet, ce sont les pays qui se sont dotés les premiers de l’arme atomique qui décidèrent d’en arrêter la prolifération! Il s’agit des Etats-Unis (1943), les seuls qui l’ont utilisée, puis de l’URSS (1949), rejoints ensuite par la Grande-Bretagne (1952), la France (1960) et la Chine (1964), tous membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto. A noter accessoirement que ces cinq pays représentent à eux seuls 75% des exportations d’armes du monde. N’y cherchez aucune logique!

L’accord est donc signé en 1968, mais il n’implique en rien que ces nations doivent détruire leur arsenal ou le confier à l’ONU, ce qui aurait placé tous les pays du monde sur un pied d’égalité. En réalité, ce texte instaure un ordre mondial entre les cinq pays dotés de l’arme atomique et l’ensemble des autres auxquels il est interdit de fournir des matières brutes ou des produits fissiles spéciaux. Pour preuve de cette hypocrisie, en juillet 2017, au moment du vote à l’ONU du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires adopté à 122 voix sur 192, toutes les grandes puissances nucléaires ont voté non. C.Q.F.D.

Tissu de contradictions

Le président français, Emmanuel Macron, s’en est justifié en réaffirmant que la dissuasion nucléaire était la clé de voûte de la sécurité de la France et qu’il fallait même s’employer à la moderniser. «La dissuasion vise à protéger notre pays de toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne, et quelle qu’en soit la forme. Le contexte international n’autorise aucune faiblesse.»

Voilà qui est bel et bon, mais en quoi la protection de ses intérêts vitaux devrait-elle être réservée à une petite poignée de pays alors que les autres en seraient privés? Pourquoi Israël disposerait-il d’ogives nucléaires et pas l’Iran? Pourquoi la Chine et pas la Corée du Nord? Bien sûr, je préfère qu’il en soit ainsi, mais en quoi est-ce défendable sinon en raison de la loi du plus fort?

En conséquence de ce tissu de contradictions, on assiste à une augmentation de la capacité destructrice des armes nucléaires par accroissement de leur puissance, ce que l’élimination par les Etats-Unis et la Russie de vieux stocks datant de la guerre froide ne doit pas occulter. Aujourd’hui, le nombre d’ogives recensées s’élève à 6600 pour la Russie, 6450 pour les Etats-Unis, 300 pour la France, 270 pour la Chine, 215 pour la Grande-Bretagne, 130 pour l’Inde et le Pakistan, 80 pour Israël et une dizaine pour la Corée du Nord. Près du double qu’en 2009! Vive les traités internationaux!

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