Il faut reconnaître un mérite à Kim Jong-un: tenir tête dans le même temps, et dans un isolement international presque total, aux deux grandes puissances du moment. Le jeune dictateur, qui préside aux destinées de 25 millions d’habitants, semble considérer les menaces américaines et les remontrances chinoises comme de simples rodomontades indolores: même pas peur!

Rien d’irrationnel dans l’attitude du jeune dictateur

Depuis son arrivée au pouvoir en 2011, Kim Jong-un poursuit et accélère ainsi le programme nucléaire et balistique de son pays. Il y a des raisons intérieures à cela: consolider son pouvoir et légitimer ses choix politiques en matière de défense et de réformes économiques. Il y a aussi des raisons externes: garantir la sécurité d’un pays toujours techniquement en guerre avec les Etats-Unis, un accord de paix n’ayant jamais été signé, et renforcer sa position en vue de futures négociations avec l’ennemi. Il y a enfin une raison économique: ce savoir-faire nucléaire et balistique pourrait être une source de revenu considérable.

Il n’y a rien d’irrationnel dans l’attitude du jeune dictateur. Cela n’en fait pas moins un homme très dangereux pour la paix mondiale. Vouloir le stopper dans sa course aux armements est donc absolument nécessaire. C’est ce qu’exige l’ONU – la communauté internationale – depuis des années à coups de résolutions et de sanctions. Sans aucun effet. Pourquoi?

Equilibre de la terreur d’un nouveau genre

La péninsule coréenne abrite le dernier conflit non résolu issu de la Deuxième Guerre mondiale. Dans cette région subsiste un équilibre de la terreur d’un genre particulier. Cet équilibre ne s’articule pas prioritairement entre deux puissances nucléaires, les Etats-Unis et la Chine, mais se joue autour d’un acteur intermédiaire, la Corée du Nord, qui fait office, selon le point de vue, de pion, de fou ou de reine sur l’échiquier régional.

Dans cette partie, il y a beaucoup de non-dits. La Chine affirme faire pression sur son voisin, dont la survie dépend en réalité de son bon vouloir. Mais Pékin n’appliquera jamais des sanctions pouvant mettre en péril le régime des Kim. Si Pékin ne veut pas de prolifération nucléaire, il souhaite moins encore l’effondrement d’un Etat tampon et d’un régime frère. Pour la Chine, la vraie menace, ce sont les Etats-Unis, et non la Corée du Nord. Cela ne changera pas.

Les Etats-Unis ne veulent pas davantage de prolifération nucléaire. Mais veulent-ils signer la paix? S’il est vrai qu’en 1953, c’est Pyongyang qui avait freiné la signature d’un accord, n’ayant pas renoncé à une réunification, voilà un certain nombre d’années que Washington se contente de fait d’un statu quo. La raison? La menace nord-coréenne justifie le maintien militaire américain dans la région. C’est un alibi face à la Chine. La Corée du Sud et le Japon ne sont pas moins ambigus. Ils craignent davantage un retrait du parapluie américain qu’une Corée du Nord nucléaire.

Faire éclater le statu quo

En définitive, le statu quo arrangeait jusqu’ici la plupart des acteurs. Et c’est bien là le drame des Nord-Coréens, prisonniers d’un régime totalitaire autant que de l’Histoire et d’un rapport de force géopolitique qui fait fi de leur destin. La question reste de savoir si l’action de Kim Jong-un est de nature à renforcer ce statu quo ou à le faire éclater.

Pour stopper Kim Jong-un, il faudra soit le bombarder, soit s’asseoir à la table de négociation, sans précondition cette fois-ci, puisqu’il possède – ou est sur le point d’acquérir – la bombe nucléaire. Un message de faiblesse inadmissible envoyé aux apprentis sorciers? La Corée du Nord n’est pas le premier pays à violer le Traité de non-prolifération, dont elle s’est d’ailleurs retirée. Affirmer que l’option militaire est moins risquée relève d’un pari suicidaire.