Editorial

Corée du Nord: les gesticulations de Donald Trump face à Kim Jong-un

La guerre des mots entre Washington et Pyongyang s’inscrit dans une partition bien rodée. Jusqu’ici

Lors du passage de témoin à la Maison-Blanche, Barack Obama avait mis en garde Donald Trump contre un danger imminent: la Corée du Nord. Ces dernières années, Kim Jung-un a accéléré son programme militaire avec pour but de développer des missiles nucléaires capables d’atteindre les côtes américaines. Pour Pyongyang, l’équilibre de la terreur nucléaire serait une forme d’assurance-vie face à la première puissance mondiale avec laquelle le petit pays de 23 millions d’habitants est toujours – techniquement – en guerre. L’armistice de 1953 n’a en effet jamais débouché sur un accord de paix.

La mise en garde n’a pas tardé à se matérialiser. Au point que ce week-end, certains experts militaires redoutaient une guerre dans la péninsule. L’imprévisibilité de Donald Trump et la paranoïa de Kim Jung-un ne sont-elles pas les ingrédients d’un cocktail explosif qui n’attend qu’une étincelle pour déployer ses effets? A la rhétorique agressive du premier a répondu, dimanche, un tir de missile raté du second. Alors, faut-il craindre le pire?

La réalité est que l’on rejoue – pour l’heure – une partition bien rodée. Chaque printemps, en effet, la fièvre monte en Asie de l’est. Les exercices militaires conjoints entre les marines sud-coréennes et américaines coïncident avec des célébrations du régime totalitaire parmi lesquelles le jour du soleil, date anniversaire de son fondateur, Kim Il-sung.

La nouveauté vient cette année du discours de la Maison-Blanche, plus agressif qu’à l’accoutumée. Donald Trump, comme George Bush fils avant lui, s’est déclaré prêt à agir de façon unilatérale pour régler le problème nord-coréen. Il a par ailleurs dépêché son vice-président sur la frontière intercoréenne pour expliquer que sa patience avait des limites. Ce n’est à ce stade qu’une gesticulation de plus de la part d’un président dont les seuls «succès» jusqu’ici ont été des coups de force sur la scène internationale avec des tirs de missiles en Syrie et le largage d’une mégabombe en Afghanistan.

Dans les faits, Washington sait que ses principaux alliés dans la région, le Japon et la Corée du Sud, au nom desquels il prétend agir, craignent plus que tout un geste inconsidéré des Etats-Unis puisqu’ils sont en première ligne d’une riposte nord-coréenne. Le seul effet immédiat des tensions actuelles sera de favoriser, le mois prochain, le retour d’un président de gauche à Séoul, donc plus favorable au dialogue avec Pyongyang.

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Donald Trump feint par ailleurs de découvrir que seul le soutien du président chinois Xi Jinping peut assurer la pression nécessaire pour ralentir les velléités militaires de son allié. Washington a donc besoin de Pékin. C’est ainsi qu’il a justifié son revirement vis-à-vis d’un pays avec lequel il n’est plus question de bras de fer commercial comme il l’avait promis lors de sa campagne. A l’aune de la crise nord-coréenne, on voit surtout une administration américaine qui fait ses premières gammes de réalisme politique.

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