Editorial

Corée du Nord: l’urgence d’une diplomatie musclée

Le dernier test nucléaire effectué par Pyongyang est une nouvelle provocation. Plutôt qu’une intervention militaire aux conséquences dévastatrices, Pékin, Washington et les puissances régionales doivent œuvrer sur le plan diplomatique au plus vite

Après un missile balistique au-dessus du Japon, le test d’une bombe à hydrogène plus puissante que celles qui ont rasé Hiroshima et Nagasaki. Jusqu’où ira Kim Jong-un, un dirigeant trentenaire qui excelle dans l’art de la provocation? On pourrait hausser les épaules et se dire qu’il ne s’agit que d’un énième épisode de la saga nucléaire nord-coréenne.

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Pyongyang semble disposer de missiles balistiques susceptibles d’atteindre les Etats-Unis, l’ennemi numéro un. Il pourrait bien avoir développé une bombe à hydrogène. S’il reste une incertitude quant à sa capacité de la miniaturiser pour la placer sur une tête nucléaire, les intentions du pouvoir nord-coréen ne font aucun doute. On peut palabrer sans fin sur les responsabilités américaines, chinoises, régionales des tensions actuelles. Aujourd’hui, il importe toutefois d’agir vite. Car la situation est incandescente. Elle présente un risque majeur de dérapage. L’escalade verbale musclée d’un président américain dont on va jusqu’à questionner la stabilité mentale d’un côté et les provocations absurdes de Kim Jong-un de l’autre fournissent tous les ingrédients d’une crise majeure aux conséquences incalculables.

Alors que faire? Déclaration après déclaration, Donald Trump se rapproche du déclenchement d’une opération militaire contre Pyongyang. Ce serait pourtant un désastre géopolitique et surtout humain. La Corée du Nord a beau être rongée par la faim et la pauvreté, elle dispose de forces conventionnelles qui pourraient anéantir des quartiers entiers de Séoul. Chef du Pentagone, le général James Mattis en est parfaitement conscient et ne craint même plus de contredire le président américain pour rappeler qu’on n’est «jamais à court de solutions diplomatiques».

Le temps des demi-mesures a vécu. Les circonstances exigent une diplomatie musclée, urgente et sincère. L’initiative ne viendra pas de Pyongyang. Elle doit venir des Etats-Unis, de la Chine, de la Corée du Sud et du Japon, sans oublier la Russie, qui a réagi avec virulence dimanche au sixième test nucléaire nord-coréen.

Du côté américain, Donald Trump avait un instant laissé entendre qu’il pourrait négocier directement avec son homologue nord-coréen. Depuis, au plus grand effroi de son secrétaire à la Défense, il utilise une rhétorique incendiaire que beaucoup jugent irresponsable. Du côté de Pékin, on n’est pas dupe. Kim Jong-un a choisi de procéder au test d’une bombe H le jour même où Xi Jinping recevait les représentants des pays émergents des BRICS. Un appel du pied. Au-delà de leurs intérêts géopolitiques divergents en péninsule de Corée, les Etats-Unis et la Chine doivent amorcer de façon franche un processus diplomatique puissant. Quoi qu’on pense du tyran de Pyongyang. Il en va peut-être du sort de millions de personnes.

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