éditorial 

La corne de vache n’est pas un sujet anodin

ÉDITORIAL. La votation du 25 novembre sur l’initiative populaire «Pour la dignité des animaux de rente agricoles» contient en elle-même un débat sur les fondements de la démocratie suisse. Il est aussi innervé que la kératine bovine

Les Suisses n’ont pas fini de surprendre. L’initiative populaire «Pour la dignité des animaux de rente agricoles (initiative pour les vaches à cornes)» sur laquelle nous votons le 25 novembre pose de bonnes questions sur les limites de la démocratie directe. Sont-elles franchies lorsqu’on parle de bonheur des bovidés? Peut-on, doit-on voter sur tout?


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L’enjeu des cornes des vaches divise jusqu’aux agriculteurs. Si la majorité d’entre eux les leur enlèvent pour des raisons de commodité dans les étables, les initiants, eux, tiennent un autre discours, calqué sur celui d’un paysan hippie des Grisons adoré des citadins.

Ils disent vouloir redonner leur «dignité» aux animaux, ne pas vouloir les faire souffrir en les mutilant. Ils ne demandent pas l’interdiction de l’écornage, mais une subvention pour les éleveurs qui arrêtent de le faire. La stratégie, économique, ne manque pas de piquant. Avec ces 190 francs par vache et 38 francs par chèvre, on engraisserait encore les subventions agricoles dispensées dans ce pays. Voilà pourquoi les autorités fédérales recommandent un non dans l’urne.

Mais au-delà des questions budgétaires, y a-t-il deux classes de sujets de votation, les bons et les mauvais? Certains pensent que ces fameuses cornes ne constitueraient pas un thème assez substantiel pour la Constitution ou considèrent qu’il devrait être réglé par l’Office fédéral des affaires vétérinaires. «A quand une votation pour l’autodétermination des fourmis rouges dans l’Emmental oriental?» ironisait récemment un internaute sur les réseaux.

Vigueur de la démocratie

Il a tort de persifler. En réalité, l’initiative révèle la vigueur de la démocratie lorsqu’elle a maille à partir avec un sujet snobé par les politiques – comme le revenu de base inconditionnel au début de la campagne – mais qui finit par donner lieu à un réel débat de société lorsque l’échéance des urnes approche. Les cornes constituent donc une noble cause. Aussi noble que les très identitaires combats de reines, impensables sans elles. Aussi noble que le débat sur la définition même de l’animal, qui a redoublé d’intensité avec la rage qu’y ont instillée les tenants de l’antispécisme, si «tendance».

Avec cette pratique d’écornage, que ses ennemis voient comme anthropocentrique, on n’a donc pas affaire à un objet de votation dont tout le monde devrait se moquer. D’ailleurs, il se pourrait bien qu’il soit accepté, dit un sondage récent. Un oui aux cornes de vaches redonnerait son intégrité physique à un puissant symbole suisse. Aussi puissant que la suprématie de la démocratie directe.

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