Les pires défenseurs de l’Union européenne sont aujourd’hui ceux qui, à l’abri du confortable juridisme des traités, justifient l’attentisme sanitaire de Bruxelles par le fait que la santé n’est pas une compétence communautaire. Un tel raisonnement de bureaucrate est incompréhensible pour les citoyens touchés dans leur chair. Comment croire que, dans cette Union de 500 millions d’habitants, les commandes de masques et de réanimateurs passées ces jours-ci, en urgence et en même temps, par les Etats incapables de préserver leurs stocks stratégiques soient la bonne solution?

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«Le virus doit être le levier d'une révolte européenne» 

L’heure, au contraire, doit être à la révolte. Face au tsunami de contaminations et de décès, l’encre des traités négociés par les diplomates est une entrave dont les pro-européens doivent savoir s’affranchir pour agir et mieux protéger à l’avenir leurs concitoyens. L’ambassadeur de l’Union européenne en Suisse, Michael Matthiessen, a raison de prendre la parole sur notre site Letemps.ch pour lister les actes de solidarité intra-européens enfin à l’œuvre. Mais il lui faut aller plus loin: parce qu’elle est la mieux placée pour dépister les problèmes épidémiologiques à l’échelle du continent, et parce qu’elle dispose des ressources humaines adéquates en termes d’administration transfrontalière et de logistique, la Commission européenne doit se rebeller publiquement contre les Etats membres de l’UE obsédés par un intenable statu quo.

Cette injonction peut paraître facile venant d’un pays tiers mais membre de l’espace Schengen comme la Suisse. Mais en sortant de sa réserve ce week-end pour s’inquiéter d’une «Europe en danger de mort», l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors n’a pas dit autre chose. Le coronavirus doit être le levier d’une révolte européenne où chacun doit savoir distinguer les partenaires fiables de ceux qui ne le sont pas, sauf à risquer de tout perdre.

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L’avenir de l’Europe, dans cette guerre contre l’ennemi invisible qu’est le coronavirus, dépendra du rapprochement, «au front», des gouvernements qui travaillent déjà ensemble, s’entraident et croient encore en un avenir commun. Parce qu’elle crée des solidarités dans l’urgence, mais aussi parce qu’elle démontre le désintérêt croissant d’autres Etats membres pour toute forme de partage qui ne leur profite pas tout de suite, l’épidémie peut s’avérer, paradoxalement, le formidable accélérateur d’une autre Europe nourrie d’une réelle volonté d’entraide.