Dans les milliers de propos échangés autour du coronavirus – quelqu’un parvient-il à parler d’autre chose? –, deux camps se dégagent clairement. Il y a ceux qui, sereins dans leur confinement, pensent que cet arrêt sur image est bienfaisant pour repenser le monde de manière plus équitable et plus équilibrée, que la pandémie suscite des torrents de solidarité et que les crises planétaires ont toujours eu cette fonction: faire le ménage et remettre l’église au milieu du village. Comme les principales victimes du fléau appartiennent aux troisième et quatrième âges, la notion de ménage sera par elles diversement appréciée…

Shérifs des rues

En face, il y a les gens qui pleurent leur vie d’avant, pleine de mouvements, de sorties et de frottements, blêmissent devant les supermarchés dévalisés, redoutent les conséquences économiques et sociales de cette pause forcée et sont effarés par l’agressivité de certains individus qui se muent en shérifs des rues.

Alors quoi, est-on meilleur ou pas avec Mister Corona? Pour trouver la réponse, je suis allée sur Facebook. Une nouveauté pour moi qui, toujours dehors d’ordinaire, n’ai jamais l’occasion de scroller. Déjà, j’ai compris ce que «gouffre temporel» voulait dire, car, en effet, la montre disparaît quand on passe en revue ces contenus continus.

Fachos effrayants

Surtout, j’ai été frappée par la violence de certains justiciers qui, le week-end dernier, après avoir allumé Alain Berset, ministre de la Santé trop timoré à leurs yeux, semblaient à deux doigts de prendre leur kalachnikov pour faire respecter la consigne demandant de rester chez soi. J’ai lu des appels à la délation concernant des contrevenants posés sur des bancs, vu des photos qui pointaient des attroupements, découvert, chez des gens que je pensais élégants, des fachos effrayants.

Je sais, Facebook sert à ça: déverser dans l’instant sa colère et ses émois. Je devrais relativiser, d’autant qu’en contrepartie, certains de mes «amis» postaient des encouragements et des avis qui laissaient la place au doute bienveillant. Mais, waouh! En repensant aux contenus les plus flippants, si le corona fait ça, alors, non, le corona ne nous rend pas plus sympas.

Policier dansant

Heureusement, j’ai quitté FB et me suis baladée sur le Net sans but précis. Magie de la vie, je suis tombée sur la vidéo d’un policier français qui, jeudi dernier, a dansé sur la chaussée pour distraire des habitants confinés.

Pour moi qui suis privée de cette activité que j’adore – non, je n’arrive pas à me défouler devant des tutos dans mon salon! –, voir cet agent breakdancer m’a redonné un peu de foi dans l’humanité. Globalement, le virus nous rend plutôt petits, j’en ai peur. Mais il y a des héros qui relèvent le niveau.


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