Il y a ces fois où un «million» a malencontreusement remplacé un «milliard». Où un prénom en a chassé un autre, où une ville a changé de pays. Des erreurs parfois minuscules, parfois plus importantes, qui ont échappé à la vigilance du rédacteur, de la relectrice, de la correction et de l’éditionneuse. Quand nous les repérons (parfois à la suite de vos lettres!), nous les corrigeons. Et quand nous les corrigeons, nous le signalons, à l’aide d’un astérisque apposé à la correction, qui renvoie en bas du texte à un mot d’explication. C’est la règle.

Sauf quand nous ne le signalons pas. Autant l’avouer, il arrive qu’un journaliste corrige son article de sa propre initiative, vaguement honteux, sans le clamer sur les toits, espérant que son erreur passera inaperçue. Chacun peut intervenir en toute autonomie sur son texte dans le système de publication du Temps, et s’il est possible et facile en interne de retracer l’historique des modifications apportées à un texte, personne en pratique ne va faire le tour de ces palimpsestes des temps modernes… Sur le web, le lecteur sait qu’un texte a été modifié car c’est écrit: deux horaires coexistent à côté de la signature, l’heure de la première publication et celui de la dernière modification. Mais il est impossible de savoir si la modification correspond à un mot corrigé, ou à l’introduction d’un nouvel hyperlien ou d’une nouvelle photo.

Et pourtant. Il est important de signaler qu’un texte a été modifié (on fera exception pour les fautes d’orthographe), pour l’histoire dirons-nous, avec un zeste de grandiloquence. Les journaux restent une matière privilégiée pour l’étude d’une société, condensé de ce qui l’agite, et il pourra être utile demain de savoir qu’un article a été amendé hier. Les erreurs les plus importantes sont également signalées dans le journal papier, dès que possible, mais c’est le web qui fait figure de version de référence pour l’avenir, puisque la correction ne peut pas s’appliquer sur le papier dans un même article, il est donc capital que la dernière version publiée en ligne soit juste, et fidèle à la réalité. Dernier argument: nous le devons bien à nos lecteurs, par honnêteté intellectuelle autant que pour leur montrer que nous acceptons, nous si souvent taxés de «donneurs de leçons», de reconnaître lorsque nous nous sommes trompés.

Le débat de l’anonymisation

Parfois, les corrections font suite à des démarches extérieures. Nous recevons régulièrement des demandes d’anonymisation d’articles: tel jeune qui à 20 ans a donné son accord pour voir son nom publié peut avoir plus tard des regrets, confronté à un marché du travail qui googlise absolument tout le monde. Tel procès a pu blanchir une personnalité un temps soupçonnée dans un scandale: ces occasions peuvent pousser des personnes nommément désignées à nous demander de supprimer leur nom. Nous recevons pas loin d’une demande par semaine, confirme Nicolas Dufour, chef d’édition au web.

Il n’y a pas de règle commune, chaque cas est étudié séparément, la rédaction tente une soigneuse pesée d’intérêts entre justesse de la demande et mission d’informer. Quand nous acceptons d’anonymiser un article, nous l’indiquons systématiquement. Mais le plus souvent, c’est l’indexation par les robots d’un moteur de recherche qui pose problème. Et nous n’y pouvons rien. Certaines personnes recourent directement à Google pour demander, selon la loi européenne de 2014, le déréférencement de ces articles, autrement dit la suppression de certains résultats de recherche incluant leur nom. En ce cas, nos articles restent inchangés, mais il est plus difficile de les trouver. Bon à savoir: les résultats de Google sont expurgés sur le territoire européen (y compris la Suisse), là où la loi s’applique, depuis 2014, mais pas en dehors. Autrement dit, une IP hors Union européenne ou un bon VPN permettent de trouver des résultats invisibles via les Google européens.

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