L'attaque du commando armé qui a fait 16 morts ce dimanche dans la très populaire station balnéaire de Grand-Bassam en Côte d'Ivoire, a donc été a été revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). L’organisation terroriste aurait-elle donc «déserté (...) le Sahel pour la savane», comme l'affirme Financial Afrik? Plusieurs analystes le disent clairement. Ce repli au sud «s’explique à la fois par la forte présence française au Mali, traditionnel ventre mou de la région, les actions des armées tchadiennes et mauritaniennes, qui quadrillent» la région (...) que par une relative facilité à porter le feu sur des pays jusque-là épargnés et n’ayant pas beaucoup d’expérience dans la lutte anti-terroriste».

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«Bamako, Ougadougou et aujourd'hui Grand Bassam près d’Abidjan, plus aucune ville africaine ne semble à l’abri des attaques djihadistes, déplore le site de France Télévisions. Le mode opératoire rappelle les attaques précédentes revendiquées» par le groupe Al Mourabitoun (voir ses caractéristiques sur 20 Minutes France), la filiale d'AQMI conduite par l’Algérien Mokhtar Belmoktar. La cible: d'abord les expatriés français.

Le spécialiste des réseaux djihadistes de France 24, Wassim Nasr, dit également que «Mokhtar Belmoktar a toujours voulu pousser les attaques d'AQMI vers le sud. (...) Cela s'inscrit dans la continuité de la lutte au Sahel, dans une guerre qui cible les lieux de rencontres des Occidentaux et déstabilise les économies de ces pays africains.» Le blogueur Le Djely exprime la même opinion, lui pour qui «cette dernière attaque qu’Aqmi a une nouvelle fois le cynisme de revendiquer confirme la tendance de la progression de la menace vers le sud du continent africain».

La Côte d'Ivoire dans le viseur

Cependant, si la Côte d'Ivoire «avait jusqu'ici été épargnée», beaucoup d'analystes «s'attendaient à ce qu'elle soit visée, comme le Sénégal, pays très touristique». Dans une interview au site mauritanien Al-Akhbar en janvier, un chef d'AQMI, Yahya Abou El Hamame, menaçait les alliés des Croisés de «les frapper, ainsi que les intérêts occidentaux chez eux».

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Or, la Côte d'Ivoire participe à la force de l'ONU déployée au Mali et un peu plus de 550 militaires français sont stationnés dans le pays. Et «la station de Grand-Bassam, très prisée par la bourgeoisie ivoirienne et par la communauté expatriée», était «une cible idéale pour des terroristes. En ce dimanche de canicule, elle était bondée.» Si «le pays n'a jamais été directement menacé par des groupes djihadistes, (...) le risque était néanmoins réel. A l'hiver 2015, plusieurs attaques de villages avaient été enregistrées dans l'extrême sud du Mali à une dizaine de kilomètres de la frontière ivoirienne.»

En janvier dernier, les services secrets américains alertaient clairement les autorités ivoiriennes et sénégalaises, ainsi que leurs ressortissants vivant ou travaillant dans ces deux pays ouest-africains, des menaces réelles qui pesaient sur eux, de la part de forces terroristes obscures», rappelle de facto le site GuineeConakry.info. Mais «les mises en garde américaines ont-elles été prises au sérieux par les pouvoirs et les services de sécurité compétents?». Quoi qu'il en soit, «on n’est jamais bien préparé face aux fous de Dieu» qui ont «revendiqué la signature de cette odieuse tuerie de plaisanciers, de vacanciers du week-end, de gens simples, amoureux de la vie, de la mer tout simplement».

Les conséquences économiques

Le Monde prétend pourtant que les terroristes «étaient attendus de pied ferme à Abidjan, où le gouvernement ivoirien avait déployé, ces deux derniers mois, un impressionnant dispositif de sécurité». Mais «lorsque les autorités ont décidé de sécuriser les abords des hôtels à Abidjan, nous n’avons pas compris pourquoi ceux de Bassam n’avaient pas été pris en compte, alors que les touristes y sont réguliers. Aujourd’hui, voilà ce qui est arrivé», se désole Abé, gérant d'un hôtel touché. «Le secteur du tourisme était en plein redressement, mais le coup qu’il vient de prendre est très dur», ajoute-t-il.

Il va donc falloir s’adapter à la «nouvelle donne imposée par l’islamo-banditisme», si l'on en croit le portail de la microfinance du Consultative Group to Assist the Poor (CGAP)Le criminologue Français Pierre Delval y dit son inquiétude: «Au moment où les enjeux de l’action anti-terroriste deviennent prioritaires pour la paix mondiale», il faut rappeler qu'en Afrique, «depuis septembre dernier, Daech, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et Boko Haram ont massacré 710 innocents et blessé des centaines d’autres dans des attentats suicides pour la plupart». Lesquels annihilent «toutes les perspectives des programmes de développement économiques et sociaux.»

Et d'ajouter que le commerce légal et le trafic illégal, de même que les migrations de populations autochtones «sont en passe d’être, pour certaines zones du Sahel et du Sahara, sous le contrôle de groupes dits «terroristes». AQMI, par exemple, transforme le Sahara en un vrai marché illicite.»

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