Du bout du lac

La couleur des frondeurs

En France, les frondeurs sont l’aile gauche du parti socialiste. Au PS suisse, ils sont à droite. Et à Genève, de quelle couleur seront les frondeurs?

Ils font désormais partie intégrante de l’écosystème socialiste européen. Ils se veulent anticorps, se pensent contrepoids ou avant-garde, ils défient la hiérarchie, interrogent le cap. Ils ont même fini par se faire un nom: les frondeurs. Déterminés, puisque les mots ont un sens, à chatouiller les caciques jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pourtant, d’un parti socialiste à l’autre, les frondeurs changent de couleur.

A Paris, les frondeurs ont déjà quelques années au compteur. Keynésiens pur sucre, ils vomissent Hollande le social-libéral et Valls son suppôt, conchient leur politique de l’offre et le virage de l’austérité. Ils s’appellent Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon, ils sont l’aile gauche d’un PS qui roule à droite et dont ils ont bien l’intention de reprendre les commandes (avec au passage, si c’est possible, celles de la France).

A Berne, c’est l’inverse. Les frondeurs qui viennent de sortir du bois sont l’aile droite d’un PS qui, selon eux, a tort de s’obstiner à vouloir «dépasser le capitalisme». Ils enragent de voir leur parti s’éloigner de l’économie, ils se disent pragmatiques et réformistes, vantent la liberté d’entreprendre, n’ont rien contre la sécurité. Leur truc, c’est la social-démocratie. Ou plutôt la Sozialdemokratie, parce qu’ils sont tous alémaniques. Oui, tous. Même en cherchant bien, vous ne trouverez pas un Romand à droite de la gauche.

Vu de Genève, c’est-à-dire à équidistance mentale de Paris et de Berne, ce choc des frondes interpelle. De quelle couleur seront nos frondeurs? Plus les élections cantonales approcheront, plus la question deviendra brûlante. La tendance et toutes les Madame Irma du canton assurent que le PS fera partie des gagnants en 2018. Très bien. Mais quel PS? Le parti pragmatik ou celui qui dépasse le capitalisme par la gauche, pied au plancher?

A dix-huit mois du scrutin, dans les rangs socialistes genevois, l’heure n’est pas encore à la fronde. Les futurs frondeurs n’ayant pour l’instant rien de très tangible contre quoi fronder. Mais, du budget à la réforme fiscale, la tension monte autour d’un dilemme désespérément récurrent: l’opportunité du compromis avec la droite et les bourgeois. Ce satané compromis qui dégoûte ou qui séduit, mais qui fait apparaître une ligne de fracture au sein du parti.

Quand elle deviendra criante et claire, cette ligne dessinera, en creux, les contours de la fronde à la genevoise. Le plus tôt sera le mieux. Pour tout le monde, mais surtout pour les frondeurs. Qui trépignent déjà, croyez-moi.

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