Certains s’en réjouissent, d’autres conspuent la mesure: nous voici revenus à la case télétravail. En renvoyant des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses à domicile pour en tout cas cinq semaines, le Conseil fédéral a franchi la ligne rouge que les milieux économiques avaient dessinée il y a quelques jours. Il a surpris les plus fins observateurs de la vie politique suisse.

Sondées lors de la consultation éclair organisée par le gouvernement, les différentes associations défendant les intérêts des entreprises avaient en effet clairement signifié leur hostilité à un nouveau semi-confinement professionnel. On ne peut que les comprendre tant il est déplaisant de devoir faire une fois de plus le deuil de libertés considérées jusqu’à l’an dernier comme évidentes.

Au sujet des annonces du Conseil fédéral:

Si, par sa portée symbolique, cette mesure représente la plus spectaculaire des annonces du Conseil fédéral, elle n’est pourtant de loin pas la plus problématique. Evidemment, il aurait été préférable de la limiter dans un premier temps à deux ou trois semaines, mais il y a fort à parier qu’employés et employeurs sauront composer avec cette nouvelle donne, aussi détestable soit-elle pour certains.

Des entreprises asphyxiées

Bien plus inquiétante est une autre couleuvre que doit avaler l’économie: l’introduction de la fameuse règle 2G (guéri ou vacciné) dans les discothèques et les bars. Présentée comme une solution destinée à éviter de nouvelles fermetures, cette restriction va inévitablement asphyxier davantage des centaines d’entreprises. Des sociétés usées par des mois de vaches maigres, si éreintées qu’elles ne demandent qu’à mettre de nouveau leurs activités à l’arrêt pour quelques semaines, moyennant de légitimes compensations financières.

«Hilfe kommt wieder», a promis vendredi le gouvernement, qui a demandé à son administration de plancher sur un nouveau dispositif d’aides pour les cas de rigueur en 2022. Espérons que celui-ci sera à la hauteur des attentes. Car des jours de vacances non indemnisés aux rigides plafonds des soutiens, les mécanismes élaborés dans la précipitation en 2020 dévoilent aujourd’hui leurs failles et leurs limites. S’y ajoute la désagréable impression que le gouvernement doit à chaque flambée épidémique se faire tirer l’oreille pour casser sa tirelire.

Par les fâcheries et les frustrations qu’ils suscitent, par les risques qu’ils font peser sur des sociétés qui représentent souvent l’œuvre d’une vie, ces défauts de fabrication ébranlent dangereusement et durablement le contrat de confiance qui lie les entreprises à l’Etat. Avec sa nouvelle mouture d’indemnités, l’administration aura donc intérêt à être à la hauteur des attentes. Ce n’est qu’à ce prix qu’on pardonnera aux autorités de toujours jouer les pompiers financiers avec un temps de retard.

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