Festivals en mémoire

Le coup de gueule de Freddy Buache à Locarno, en 1970

Clash au Tessin. Tous les mercredis de l’été, notre chroniqueur revient sur quelques grands moments des festivals, en relisant les articles du «Journal de Genève» et de la «Gazette de Lausanne»

En 1970, Freddy Buache présente au Festival de Locarno La Momie, de l’Egyptien Chadi Abdel Salam. Outré, le chef de la section cinéma du Département fédéral de l’intérieur lui jette: «Mon pauvre: quand on se permet de choisir une telle médiocrité pour l’inauguration d’un festival international, on ne peut prétendre en être le directeur.» Boum. L’ex-directeur de la Cinémathèque suisse raconte l’anecdote dans ses entretiens – Derrière l’Ecran, à L’Age d’homme – avec Jean-François Amiguet et Christophe Gallaz. Ecœuré, il claque la porte avec son collègue, Sandro Bianconi.

Pourtant, «sous leur direction, le festival avait acquis une résonance particulière et conquis une place enviable dans le foisonnement […] en Europe», s’étonne Laurent Bonnard, le critique de la Gazette de Lausanne, dans l’édition du 6 octobre 1970. Une place «hors d’un cadre mondain stérilisant, assez à l’écart des contingences commerciales pour que les vraies valeurs surgissent».

Pointu programme pour un festival que la Gazette dit «traité par-dessous la jambe en Suisse allemande», suspect «de gauchisme et d’extrémisme». C’est que Buache et Bianconi, à l’époque, apparaissaient comme des idéologues «pas trop préoccupés de la réalisation pratique de la manifestation».

Du coup, l’existence même de Locarno semble menacée. «Donnera-t-on un coup de barre du côté du commerce», une «perspective bien sombre avec l’existence de festivals bénéficiant de moyens bien plus considérables que les organisateurs locarnais?» estime Bonnard. Juste après Mai 68, les querelles de chapelle se portent bien. Mais au niveau helvétique, le risque est celui-ci: le manque de «communication culturelle avec la Suisse italienne».

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