Huawei Technologies, l’entreprise chinoise de télécommunications la plus globalisée, vient d’annoncer son entrée sur le marché de détail en Suisse. En réalité, elle fournit déjà des équipements de réseau à l’opérateur Swisscom depuis 2008.

L’expansion de Huawei en Suisse va sans doute susciter des interrogations sur la qualité de ses produits, et plus encore sur les menaces qu’elle pourrait représenter pour la sécurité nationale dans un secteur aussi stratégique que celui des télécommunications. Depuis sa création par un ex-militaire, Huawei est soupçonnée d’entretenir des liens privilégiés avec le Parti communiste chinois. En cas de tension, voire de conflit, l’entreprise ferait un excellent cheval de Troie.

Ces mêmes inquiétudes ont déjà valu à Huawei d’être exclue de plusieurs projets aux Etats-Unis, en Europe, en Australie ou encore en Inde. En Suisse, le conseiller national vert Antonio Hodgers a interpellé le Conseil fédéral sur la protection des réseaux numériques nationaux en arguant de la même méfiance.

Les craintes liées à la sécurité nationale ne sont-elles en réalité qu’un alibi pour exclure un nouveau concurrent sur ce marché en pleine croissance? Peut-être. Force est de constater que cet argument pourrait s’appliquer à la plupart des entreprises de télécommunications. Aux Etats-Unis, AT&T est un important partenaire de l’armée, qui finance ses projets de recherche. Plus près de nous, France Télécom bénéficie de la complicité directe de l’Etat français. Cette peur sécuritaire ne doit toutefois pas nous aveugler. La plupart des grands opérateurs mondiaux ont déjà recours aux équipementiers chinois. Les iPhone ne sont-ils pas fabriqués en Chine?

Huawei, mais aussi d’autres entreprises chinoises de télécommunications, cherchent par tous les moyens à dissiper les soupçons de cyberespionnage au profit de l’Armée rouge chinoise. Pour cela, seule la transparence sur le rôle de Pékin au sein des conseils d’administration des grandes entreprises chinoises sera efficace. Pour couper ce cordon ombilical et garantir un meilleur accès à l’information, elles pourraient entrer en bourse à Hong­kong ou à New York.