Il y a les faits qui s’imposent à tous les Français: le vieillissement de la population, l’allongement de la vie, l’état déficitaire des comptes du système des retraites. Sa survie implique soit une hausse des cotisations, soit une diminution des rentes, soit un ajustement des dates d’entrée en retraite pour obtenir une rente complète. Jusque-là, une très large majorité, à droite mais aussi à gauche – de François Hollande à Martine Aubry –, s’accorde sur la nécessité d’une réforme inévitable. Le président Sarkozy, élu par le suffrage universel pour imprimer un programme de rupture et de réformes, a choisi de mettre la priorité sur un allongement de la durée du travail.

Qu’une partie de la population s’exprime en nombre dans la rue pour dire son mécontentement sur une réforme majeure pour l’avenir du système des retraites est normal, compréhensible. Même si les propos révèlent parfois un aveuglement devant les réalités, une incapacité à se remettre en cause, à réinventer.

Et il y a peut-être beaucoup de bonnes raisons à descendre dans la rue. Y compris pour vider un trop-plein d’aigreur vis-à-vis d’options politiques brouillonnes, parfois indignes, de l’omni-président. Mais pas celle d’appeler à témoin les lycéens et les étudiants qui sont les premiers gagnants d’une réforme qui leur garantit un système aussi protecteur et solidaire que celui qu’ont connu leurs parents. Mais pas celle de manipuler la fonction publique. Cette réforme ne les concerne pas, puisque fonctionnaires et salariés des entreprises publiques ne sont pas concernés directement par cette réforme. Et pas celle non plus de parler d’autisme ou de refus de dialogue du gouvernement. Des assouplissements ont été apportés au point que, pour nombre de sympathisants de droite agacés, le président a déjà tellement cédé que cette réforme «n’est plus qu’une simple réformette». Et pas celle surtout de renoncer une fois encore devant l’obstacle.

Il y a un moment où le courage doit l’emporter sur l’opportunisme, où les choix assumés doivent primer sur le populisme. La France doit en finir avec cette infirmité nationale où les privilégiés de la grogne étouffent les majorités (encore) silencieuses.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.