Le cinéma suisse est élitiste, ennuyeux, laborieux, bref totalement inintéressant. Qui n’a pas déjà entendu – voire colporté – ce cliché tenace qui colle au septième art helvétique comme le sparadrap aux doigts capitaine Haddock? Pourtant, des premiers films d’Alain Tanner au tournant des années 1960 à ceux d’Ursula Meier plus récemment, en passant par «Voyage vers l’espoir de Xavier Koller (Oscar du meilleur film étranger en 1990), il existe bien des exemples de longs-métrages qui ont su trouver leur public à travers le monde.

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Mais voilà que depuis sa première mondiale à Cannes en mai 2016, un film semble mettre tout le monde d’accord: «Ma vie de Courgette», long métrage d’animation réalisé par le Valaisan Claude Barras et coproduit par les Genevois de Rita Productions. Accueil critique enthousiaste, triomphe public, moisson de récompenses et nominations pour trois Césars et un Oscar: jamais un film suisse n’avait connu une telle carrière. Un miracle? Non. L’échec d’un précédent long-métrage d’animation trop ambitieux et coûteux, «Max & Co», aura servi d’exemple. Cette fois-ci, de l’écriture du scénario à la post-production, tout aura été mûrement réfléchi, chaque décision pesée, même si au final il reste toujours une part de mystère dans un succès.

Il faut que les milieux cinématographiques retiennent la leçon, afin que «Ma vie de Courgette» ne demeure pas un épiphénomène sans lendemain. Plutôt que de se sabrer le champagne puis recommencer comme si de rien n’était, une attitude très suisse, il convient de se demander comment faire pour qu’un tel succès puisse se reproduire. L’animation étant un langage universel capable de traverser plus facilement que la fiction traditionnelle les frontières linguistiques et culturelles, et notre pays débordant en outre de talents dans ce domaine, comme le prouvent les nombreux courts-métrages produits chaque année, il faut développer une vraie filière dans ce secteur.

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Vœu pieux, folle utopie? Assumons cette prise de risque. Comme il faudra une fois affronter la question de l’enseignement du cinéma dans les écoles d’art. La Suisse ne peut se contenter de former chaque année des réalisateurs qui se rêvent en auteurs. Elle doit investir plus massivement sur la formation de techniciens, scénaristes et producteurs. Afin que dans les coproductions, tous les postes importants n’échappent pas aux Suisses. S’il restera certes difficile de mettre en place une industrie, osons croire que demain, de nos écoles sortiront non pas des individus, mais des équipes soudées.