Les pieds dans le plat

Courir plusieurs lièvres à la fois, le talon d'Achille du gouvernement français

OPINION. En mélangeant des considérations environnementales avec un exercice de compensation de la baisse de l’impôt sur les plus aisés, Macron n’a pas servi sa cause ni la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique, écrit notre chroniqueur David Hiler

Tout a été dit ou presque sur le mouvement des «gilets jaunes». Il s’inscrit évidemment dans la longue tradition des jacqueries qui ont jalonné l’histoire de France et qui, dans la France industrielle, ont pris la forme de mouvements insurrectionnels ne débouchant jamais sur des révolutions. Je ne ressens aucune sympathie pour le mobile déclencheur de ce mouvement: le refus de l’augmentation de l’essence et du diesel. J’ai en revanche une grande compréhension pour le ras-le-bol des gens ordinaires et particulièrement de ceux qui vivent dans les régions désindustrialisées, sans grande perspective de voir leur sort s’améliorer.

Le «président des riches»

Cette réaction épidermique et spectaculaire met en lumière une des faiblesses de la politique du gouvernement d’Edouard Philippe: courir plusieurs lièvres à la fois. Le fondement du projet d’Emmanuel Macron, c’est de restaurer la compétitivité de la France pour sortir du marasme économique et réduire enfin ce chômage structurel qui gangrène la société française depuis des décennies. Pour ce faire, il a utilisé des recettes classiques qui ont fait leurs preuves dans bien d’autres pays, dont le nôtre. Il a programmé une réduction progressive de la fiscalité sur les entreprises, réduit les charges qui pèsent sur le travail (au profit des entreprises et des salariés) et supprimé l’impôt sur la fortune sauf pour l’immobilier.

A moyen terme, cette approche peut porter ses fruits (il ne faut jurer de rien), mais elle fait disparaître un énorme montant de recettes fiscales, à court terme. C’est là que le deuxième objectif du gouvernement – respecter le plafond fixé par Bruxelles pour le déficit – pose problème parce qu’il est contradictoire avec le premier. Le gouvernement est donc obligé de maîtriser les dépenses et de trouver de nouvelles recettes. Dans les deux cas, c’est bien le Français moyen et les gens modestes qui casquent. Les retraités sont sans doute les plus maltraités, mais ils ne sont pas les seuls. Les hôpitaux manquent dramatiquement de moyens (depuis longtemps), les services publics désertent les petites villes et bourgades où fleurissent les panneaux «A vendre». Les moyens pour sortir les banlieues du désespoir dans lequel elles vivent depuis longtemps font défaut. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron est devenu «le président des riches», un reproche qui fait mouche lorsqu’il s’adresse à un homme encore jeune, beau, riche et intelligent et qui n’a jamais manqué de rien. Une majorité de Français le croit dès lors incapable de s’intéresser aux gens ordinaires qui n’ont pas toutes ces qualités.

Réduire la TVA

Libérer l’économie française du carcan qui l’entrave et respecter les exigences de Bruxelles, pour être crédible au niveau européen impose donc des restrictions qui, de fait, réduisent le pouvoir d’achat disponible de beaucoup de Français. C’est là qu’intervient le troisième objectif du gouvernement: la lutte contre le réchauffement climatique. La fiscalité écologique vient en quelque sorte parachever l’ouvrage de réduction du pouvoir d’achat. Il est parfaitement légitime d’augmenter les taxes sur le diesel et l’essence, avec toutefois un gros bémol: en France, la fiscalité indirecte est déjà très lourde. Or, les impôts indirects frappent proportionnellement plus les ménages aux revenus modestes puisqu’ils dépensent tout ce qu’ils gagnent, alors que les gens plus aisés épargnent une partie de leurs gains.

Dès lors, pour instaurer une fiscalité incitative pour les carburants, il aurait fallu réduire la TVA (très élevée en France) pour arriver à une neutralité des prélèvements, et éviter ainsi une nouvelle baisse du pouvoir d’achat. En mélangeant des considérations environnementales avec un exercice de compensation de la baisse de l’impôt sur les plus aisés, en puisant dans le porte-monnaie des autres, Emmanuel Macron n’a sans doute pas servi sa cause et certainement pas la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique.

Publicité