C’est un raccourci frappant. Mercredi soir, avant même d’avoir réellement commencé, les «pourpalers» de Genève sur la Syrie se fracassaient de manière théâtrale et pourtant parfaitement prévisible. Hasard du calendrier: le lendemain, à Londres, c’est une bonne partie de la planète qui avait rendez-vous, la main sur le coeur. Le but? Rassembler 9 milliards de dollars afin de répondre aux conséquences de la tragédie syrienne. Résumé de manière abrupte: oui, les échecs diplomatiques ont un prix. Oui: le théâtre de guignol qui était une nouvelle fois en représentation à Genève, mais surtout les hypocrisies politiques qui se camouflent (mal) derrière lui, coûtent des milliards de dollars. Sans même parler du prix exorbitant de centaines de milliers de vies humaines perdues et de millions d’autres jetées sur les routes.

Faut-il démonter une fois de plus les différents pans de ce petit théâtre, pour voir ce qui se cache derrière? Gare aux apparences: malgré le fait que la guerre de Syrie dure depuis 5 ans, et que le spectacle semble dramatiquement répétitif, les données sont inédites. Car aujourd’hui, ce ne sont plus du tout les petites marionnettes au premier plan qui tiennent le bâton. La Russie, et dans une moindre mesure l’Iran, étaient bien les maîtres de cérémonie. Ils en ont profité pour saccager le théâtre, pour frapper le reste du décor et pour donner quelques coups supplémentaires sur l’assistance.

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Aujourd’hui, dans la tragédie syrienne, la Russie et l’Iran jouent au moins deux rôles. Protagonistes sur le terrain, ils maintiennent désormais à bout de bras un régime syrien qui, il y a quelques mois encore, était guetté par la menace de l’effondrement. Mais les deux pays font aussi partie de ce que l’on appelle «le Groupe international de soutien à la Syrie». Les aimables voisins qui, en théorie, ne veulent que du bien à ce pays.

La Russie bombarde la Syrie en même temps qu’elle la «soutient». Elle tue les enfants syriens, ensevelis sous les décombres de leur propre maison, pendant que ses diplomates aident à dessiner les contours d’un «règlement diplomatique» qui, à Genève, se cassera forcément les dents.

Mais ce double jeu russe, pour être effrontément machiavélique, n’aurait pu se produire sans complices. L’administration américaine de Barack Obama, pour sa part, a décidé il y a longtemps de lâcher son bâton. Voyant son partenaire s’en prendre au décor, elle peut s’égosiller et se dire trompée. Mais les coups continuent de pleuvoir. Et, surprise: les marionnettes saignent.