Conférence de conciliation

Coûts de la santé: la peur est mauvaise conseillère

OPINION. Le ton monte dans le débat sur ce sujet délicat. On s’y affronte désormais à coup de menaces, d’accusations et même de grèves. Avec un effet très concret

Ce n’est pas prendre un grand risque que d’affirmer que les coûts de la santé ne vont pas cesser de nourrir les débats politiques de sitôt. Au parlement et dans les partis, tout s’envisage déjà dans la perspective des élections fédérales de 2019. Ainsi, la commission du social et de la santé du Conseil national vient d’être recomposée, avec trois nouveaux membres: le président du PDC, le président du groupe UDC ainsi qu’un vice-président du PLR.

Pouvons-nous en conclure que nous sommes proches de mettre (enfin) en place des mesures susceptibles de déployer leurs effets dans un avenir proche? Pas vraiment, hélas. Au contraire, en ce début d’année, les acteurs du dossier durcissent le ton.

Les coûts augmentent? La faute aux malades

D’abord, pour leur première communication de l’année, les assureurs tirent à boulets rouges sur les patients. Les coûts augmentent? La faute aux malades qui, irresponsables, ne suivent pas correctement leur traitement, réduisant leur efficacité.

De leur côté, les médecins sont courroucés par l’introduction d’une nouvelle tarification de leurs prestations. Des spécialistes décident dès lors, pour des raisons financières, de suspendre des opérations considérées comme non urgentes au détriment de patients souffrants. La riposte ne tarde pas. Peu transparents depuis bientôt dix ans sur les montants de leur rémunération à charge de l’assurance-maladie obligatoire, ils se voient ouvertement accusés de s’enrichir grassement sur le dos des payeurs de primes.

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L’ambiance est donc à la défiance généralisée, et parfois même aux menaces: fin de l’obligation de contracter, blocage des franchises sur des années, rationnement des soins. La perspective de réformes concertées semble bien lointaine. Mais cette cacophonie ne fait pas que des malheureux. Car discrètement, une évolution est bien en cours: craignant pour leurs vieux jours, leur santé et pour le libre choix de leur médecin, les assurés qui peuvent se le permettre sont de plus en plus nombreux à conclure des assurances privées complémentaires. La même évolution s’observe dans le domaine de la prévoyance où le nombre de comptes du troisième pilier ne cesse d’augmenter.

Le débat sur les coûts de la santé atteint un volume sans précédent. Mais à bas bruit, c’est bien un système d’assurance à deux vitesses qui se met peu à peu en place. Nous serions bien avisés d’y prendre garde.


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