Quarantaines, villes, régions, pays entiers verrouillés – voilà quelques-unes des mesures restrictives que les gouvernements du monde entier ont mises en place pour lutter contre la propagation mortelle du nouveau coronavirus (Covid-19). Ces mesures sont loin d’avoir épargné les personnes privées de liberté, qui en Italie, en Espagne, au Brésil et au Panama ont déjà vu tous leurs contacts avec le monde extérieur suspendus. En Iran, afin de réduire le risque de contamination, les autorités ont pris la décision exceptionnelle de libérer temporairement 70 000 détenus – soulevant ainsi d’importantes questions sur les mérites des alternatives non privatives de liberté, y compris dans des circonstances moins extrêmes.

Le cas italien

Face à une tragédie, nous avons tendance à remettre en question les plus fondamentaux des principes. Nous ne pouvons cependant pas nous permettre de compromettre les droits humains. Il semble logique – même louable – que les autorités prennent des mesures drastiques pour empêcher le Covid-19 de se propager dans les lieux de détention. Une telle épidémie aurait des conséquences dévastatrices pour les détenu.e.s, qui sont déjà bien plus vulnérables à la contamination virale. Ce virus, comme beaucoup d’autres, peut se propager rapidement dans les espaces confinés, surpeuplés, en particulier en situations de promiscuité. En Chine, on dénombre plus de 500 cas en prison; ailleurs, on craint le pire. En effet, les maladies chroniques et infectieuses telles que le diabète, l’hépatite, la tuberculose ou le VIH touchent une proportion bien plus large de la population carcérale. Ces conditions médicales préexistantes augmentent considérablement le risque de mortalité chez les malades du Covid-19.

Les autorités ne peuvent pas laisser la peur de la contagion mettre en péril les droits humains des personnes privées de liberté

En Italie, les autorités ont suspendu les visites et activités avec toute personne extérieure, et ce dans tous les lieux de détention. A la suite, entre autres, de l’action de groupes de défense des droits, ces mesures ont été atténuées par des dispositions alternatives, telles que l’extension des privilèges d’appel téléphonique (10 à 20 minutes par jour), le recours à la visioconférence et même la détention à domicile dans certains cas. Malgré ces efforts, l’annonce de ces mesures restrictives a déclenché de larges mouvements de contestation qui ont déjà entraîné la mort de plusieurs prisonniers. Interrogé à ce sujet, le représentant du mécanisme national de prévention (MNP) italien a souligné un manque de communication sur la nature et la portée des mesures prises, et a appelé les détenu.e.s au calme.

Faciliter les contacts

Même en cas d’urgence sanitaire, les autorités pénitentiaires doivent compenser l’effet désocialisant de l’emprisonnement de manière proactive et positive, notamment en facilitant les contacts ou la communication avec la famille. L’isolement médical prolongé crée chez les patients des sentiments de colère, de dépression, même des pensées et tendances suicidaires. Dans le contexte carcéral, de tels sentiments ne peuvent qu’être amplifiés.

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Invoquant le principe de précaution, le Sous-comité des Nations unies pour la prévention de la torture (SPT) et certains MNP ont suspendu leurs visites, tandis que le MNP britannique a demandé à visiter les lieux de quarantaine. Ces organes ont pour mandat de contrôler ce qui se passe dans les lieux de privation de liberté. En situations d’urgence, ces mécanismes peuvent jouer un rôle clé, évaluant les mesures existantes et partageant des recommandations pour contenir le virus dans le respect des droits. De nombreux MNP européens se demandent aujourd’hui comment remplir ce mandat de manière efficace. Il est indéniable que cette crise exerce une pression énorme sur les responsables des lieux de privation de liberté. Ce qui devrait être clair, c’est que même sous une telle pression, les autorités ne peuvent pas laisser la peur de la contagion mettre en péril les droits humains des personnes privées de liberté.

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