Les premiers jours furent pénibles, marqués par l’avalanche d’interpellations policières pour ramener à la raison des Français convaincus, jusqu’à la dernière minute, qu’ils pourraient échapper au tsunami viral venu d’Italie. Le pessimisme était de mise, lors de ces journées fatidiques de mars 2020. Pire: le fait d’avoir maintenu le premier tour des élections municipales le 15 mars – malgré les injonctions des experts scientifiques – s’avéra vite être un boulet pour les autorités françaises. Comment exiger de la population, dès le lendemain de ce problématique scrutin, qu’elle limite d’un seul coup ses déplacements et respecte à la lettre les consignes sanitaires?

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Douze mois plus tard, une autre France a émergé. Certes, les images des quais de la Seine bondés, à Paris, prouvent que les «gestes barrières» sont encore perçus par trop de Parisiens comme un refrain sans conséquences. Certes, l’été fut trop déconfiné et vite terni par l’arrivée d’une deuxième vague, comme ailleurs en Europe. Mais les Français, aussi déprimés et abattus soient-ils, ont globalement fait preuve d’un civisme remarquable. Si la défiance dans la parole des pouvoirs publics y atteint d’inquiétants sommets, alimentée par les pénuries initiales de masques et de tests, puis par la lenteur de la campagne de vaccination aujourd’hui, la France montre depuis un an un visage de responsabilité. Aux deux extrémités du pays, les reconfinements ordonnés le week-end à Nice et dans le Pas-de-Calais se déroulent d’ailleurs sans accrocs majeurs.

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Nos voisins sont pourtant loin d’être unanimes face à la pandémie et aux mesures prises par le gouvernement. Mais dans ce pays si turbulent et si prompt aux révoltes, leur «acceptation résignée» – selon les termes du politologue Jérôme Fourquet – montre que la raison l’a emporté et que la rue n’est pas toujours synonyme de chaos. Dès lors que les règles sont claires et compréhensibles, qu’elles sont soutenues par des élus locaux mobilisés et qu’elles respectent la diversité sanitaire des territoires, la France sait se montrer disciplinée et unie dans l’effort. C’est cette vertu qu’Emmanuel Macron doit maintenant cultiver, en se montrant le plus possible pédagogue, clair, lucide sur les dysfonctionnements de l’Etat et proche des réalités. Pour préparer le pays à la fin du «quoi qu’il en coûte». Et tirer les bonnes leçons de ce vaccin contre l’indiscipline française nommé Covid-19.

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