Le Temps: Quelle conséquence aura cette initiative sur le financement de la prévoyance?

Alain Guttmann: J’aimerais expliquer juste deux points. Le premier, c’est que 1:12 ne prend en compte que le salaire nominal. Il y a une part fiscalisée qui représente une partie qui peut aller jusqu’à 43% pour quelqu’un qui gagne plus de 300 000 francs et qui peut être à 0 ou 5 ou 10% pour quelqu’un qui gagne un salaire bien inférieur (ou le 1 du 1:12). Deuxième élément: l’une des forces de la Suisse, et de sa compétitivité, est qu’au­jour­d’hui, un petit salaire reçoit en termes de charges sociales et d’AVS les montants qui sont liés à son épargne, alors que les hauts salaires cotisent avec le même pourcentage mais ne perçoivent pas le montant qui correspond à ce pourcentage. C’est un système en Suisse qui permet de faire en sorte que les cotisations sociales soient surtout d’ordre social, donc en faveur des petits salaires. Les pertes de recettes fiscales de ces hauts revenus seraient de 1,5 milliard par année, et le manque à gagner pour l’AVS serait de 2,5 milliards.

Alessandro Pelizzari: Je suis très content de vous entendre dire qu’une des forces de la Suisse, c’est le système solidaire des redistributions via l’AVS. Je vous rappelle que l’AVS n’existe pas parce qu’elle a été voulue par le monde économique, mais parce que les syndicats se sont battus pour avoir ce système de redistribution, qui est le seul de l’Etat social en Suisse. Par analogie, on peut espérer que, dans quelques années, on estimera peut-être qu’un système de redistribution salariale fait aussi la force de la Suisse. Sur les chiffres, je suis désolé mais les 2,5 milliards de pertes pour l’AVS se basent sur des calculs qui ne sont pas sérieux. Les spécialistes l’avouent, Johann Schneider-Ammann a sorti des estimations qui n’étaient pas consolidées, qui se basent sur des projections de départs d’entreprises et d’effets indirects sur les PME totalement catastrophiques. Il est clair qu’il y aura des pertes, mais de quelques centaines de millions de francs, qu’il faudra chercher ailleurs.

– Quel est votre sentiment sur l’issue du vote?

A. P.: Ce sera très serré. Je pense que le sentiment d’injustice salariale est extrêmement répandu. L’initiative arrive-t-elle à le canaliser ou est-ce que ce sera plutôt l’initiative de l’UDC sur l’immigration de masse, qu’on votera en février? C’est un grand point d’interrogation pour moi.

A. G.: Je pense que cette initiative est un faux remède, clairement, et qu’il est même dangereux. ­J’espère que les citoyens suisses le comprendront et qu’ils ne scieront pas l’arbre sur lequel ils vivent depuis de nombreuses années. Il faut savoir que la Suisse a très peu de richesses. On a la chance d’avoir le tourisme, les banques et un certain nombre d’entreprises, entre autres internationales. Je pense que le non gagnera, ­et largement.

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