ma semaine technologique

Sa créature a échappé à Mark Zuckerberg

Les auditions du patron de Facebook ne laissent plus aucun doute. Nos données sont corrompues et il suffit de télécharger son dossier personnel sur la plateforme pour s’en rendre compte

Mark Zuckerberg ne veut pas dire où il a dormi à l’hôtel hier soir, mais il regarde volontiers à travers le trou de la serrure de votre appartement. C’est ce qui ressort de cette semaine où Facebook a été mis à rude épreuve, avec son fondateur passé sur le gril des parlementaires américains.

La question relative à l’hôtel où il a dormi avant les auditions a été posée par un sénateur bien inspiré. Mais ce qui montre encore plus l’asymétrie d’informations entre ce que vous savez sur Facebook et ce que cette firme sait de vous tient en deux clics. C’est tout ce qu’il vous faut pour télécharger toutes les données vous concernant sur la plateforme. Et un peu de patience aussi. Pour un profil comme le mien, inscrit en 2007 – et plutôt actif – il faut bien vingt minutes pour télécharger le portrait que Facebook a réalisé de moi. Une montagne de données.

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Le détail des données

Tout y passe: les amis et ceux qui ont été «unfriendés», tous les endroits depuis lesquels je me suis connecté (et en onze ans, cela en fait des pages et des pages), sans compter une sorte de profil personnel qui ressemble plus à un inventaire à la Prévert qu’autre chose. Bonne chance pour trouver un lien entre ces informations et en tirer une sorte de portrait-robot de l’utilisateur.

Plus gênant, toutes les interactions avec votre réseau sont conservées. Si vous m’avez poké (mon dieu, qui fait encore cela?) un soir de juin 2009, Mark Zuckerberg le sait. Sans parler de tous mes échanges écrits avec mes contacts. Pire encore, tout mon carnet d’adresse est en libre accès du côté de Menlo Park: noms, numéros de téléphone, e-mails, adresse, tout y est.

Notre éditorial, fin mars: L’urgence de «réparer» Facebook

De Warner au Paléo

Enfin le plus inconvenant se trouve dans la rubrique «annonceurs qui ont importé une liste de contacts contenant vos informations»: c’est la revente à des tiers de mes informations. Mais pourquoi donc Warner Bros Pictures, le Paléo ou une société de logiciels basée à Nicosie, Chypre, s’intéressent à moi? Je n’en tire aucun bénéfice ni même une information utile. Eux le savent, pas moi et je dois me contenter de cet état de fait. Sans compter que la suspicion plane toujours quant à l’utilisation de ces données, Facebook étant devenu avant tout un courtier en la matière, à destination du marché publicitaire. Bien recoupées, ces données peuvent apprendre beaucoup à ceux qui savent les utiliser. Voire aider à configurer un profil secret de vous que seul Facebook connaîtrait.

En voyant Mark Zuckerberg aussi peu assuré à Washington, trouvant surtout à s’excuser (une habitude) et à dire que ses équipes répondraient plus tard aux points qu’il ne maîtrisait pas, il apparaît évident que sa créature lui a échappé. Et que notre sphère privée – c’est-à-dire celle de ses 2 milliards d’utilisateurs – avec.

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