Des nazis, et de la pire espèce. De ceux qui s'acharnaient à des expérimentations médicales sur leurs victimes. Certains d'entre eux se sont sauvés après la guerre en Amérique du Sud et cela grâce à des documents d'identité délivrés par le CICR. L'organisation humanitaire associée dans l'espace d'un bout de papier au symbole de l'inhumanité: la découverte a de quoi faire trembler l'institution. C'est pourtant le constat que font des chercheurs argentins depuis plusieurs mois. Les milliers de nazis qui se sont réfugiés dans le pays de Perón étaient, pour la plupart, munis de ses titres de voyage.

Le CICR plaide non coupable. Dans la confusion de l'après-guerre et des centaines de milliers de personnes déplacées dans toute l'Europe, impossible de trier le bon grain de l'ivraie parmi les candidats à de nouvelles pièces d'identité pour gagner la paix de l'Amérique du Sud. Vrai criminel de guerre sous une fausse identité, collaborateur de seconde zone, honnête civil dépouillé, comment savoir qui se présentait? Le Comité international plaide non coupable en tant qu'institution, mais il n'exclut pas des connivences au niveau local, en Italie. De leur côté, les organisations juives – qui n'oublient pas les silences du CICR sur l'Holocauste et l'attitude jugée ambiguë de ses dirigeants envers le Reich – veulent y voir davantage. L'imbrication du CICR dans la «Route des rats», la filière d'évasion des nazis, aux côtés du Vatican. Le soupçon plane, même si aucune preuve n'a été amenée.

Face à ces allégations, le CICR a trouvé la seule parade valable: la transparence, complète. Et on s'excuse quand il y a lieu de le faire, comme l'a déjà compris Cornelio Sommaruga à propos des silences sur l'entreprise nazie. Le contraste est d'autant plus saisissant avec les banques ou d'autres institutions suisses qui subissent également des attaques spectaculaires pour leurs activités passées. Là où le CICR désamorce sans peine ce qui pourrait se révéler être une bombe – voici nos archives! –, les banques se contorsionnent, hésitent à se débarrasser de la langue de bois ou pratiquent le double langage selon que l'on s'adresse à des Américains ou à des Suisses. Résultat: elles ne cessent de passer à la caisse.

Le CICR n'est pas pour autant un adepte de l'autoflagellation. L'organisation souligne qu'elle n'était pas complice des nazis du simple fait de ne pas avoir combattu l'antisémitisme, comme le pensent certains survivants des camps. Ce n'était d'ailleurs pas sa tâche. Mais des actes forts accompagnés d'une réelle politique de communication peuvent prévenir de nombreux dérapages. Il en va de sa crédibilité et de sa respectabilité. S'il y a eu des erreurs, le CICR est décidé à les assumer et à en tirer les leçons pour son action future. Comme cela a été le cas au Rwanda ou en ex-Yougoslavie où l'institution a usé de son poids pour alerter l'opinion internationale.