Le choc qu’encaissera Credit Suisse ne devrait pas être trop douloureux. A lire la presse financière internationale mardi matin, la deuxième banque suisse va pouvoir régler son amende et aller de l’avant, maintenant qu’un règlement «complet et définitif» a été trouvé avec la justice américaine.

Car même s’il s’agit de la plus grande banque à plaider coupable aux Etats-Unis depuis Drexel Burnham Lambert en 1989 et le Crédit Agricole en 2004, rappelle le New York Times , «les implications pour la banque – outre l’amende et le discrédit d’être considérée comme criminelle – devraient être limitées. Credit Suisse pourra perdre quelques clients mais devrait s’en sortir quasi indemne», juge le quotidien new-yorkais.

Il faut dire que, depuis la mise en accusation d’Arthur Andersen LLP en 2002 – et la faillite de la société, mettant au chômage près de 85 000 personnes –, «les procureurs ont été réticents à déclarer une entreprise criminelle», souligne l’agence financière Bloomberg.C’est pourquoi «les procureurs ont travaillé de concert avec les régulateurs bancaires, qui sont allés rassurer les plus grandes sociétés financières américaines, leur promettant que la sanction infligée à Credit Suisse n’allait pas entraîner une crise globale».

Pas de perte de licence

La clé du pacte conclu entre les autorités américaines et Credit Suisse, relève pour sa part le Financial Times , «a été de négocier une assurance que les régulateurs n’allaient pas révoquer la licence de Credit Suisse aux Etats-Unis, ce qui aurait eu des conséquences immédiates».

Même si l’impact de la nouvelle «ne va peut-être pas être ressenti immédiatement», de premières indications recueillies par Bloomberg indiquent que «la plupart des partenaires de Credit Suisse ne vont pas tourner le dos à la banque». De nombreux médias rappellent par exemple que Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs, a déclaré vendredi que son établissement essaierait de poursuivre ses activités avec Credit Suisse.

L’assureur New York Life Insurance n’est toutefois pas de cet avis. John Kim, le directeur des investissements de la société qui gère plus de 500 milliards de dollars, a déclaré à l’agence qu’il allait «réévaluer les relations avec la banque» dont il est le client. «Nous voulons déterminer dans quelle mesure il y a une systématique dans cette institution qui l’a conduite à mal se comporter, et dans quelle mesure cela pourrait affecter la division de la banque d’investissement», a précisé John Kim.

Dougan et Rohner «blancs comme neige»

Les «top executives» de la banque, le directeur général Brady Dougan en tête, «devraient conserver leurs postes», estime l’agence Bloomberg. Et ce, même si le ministre américain de la Justice Eric Holder a jugé que leur comportement «avait constitué une vaste conspiration».

Ainsi, le président du conseil d’administration de Credit Suisse, Urs Rohner, ne se considère pas comme personnellement responsable de l’attitude coupable du numéro deux bancaire helvétique aux Etats-Unis. Son constat vaut aussi pour le directeur général, l’Américain Brady Dougan. Ce dernier a dit mardi matin lors d’une conférence de presse qu’il n’avait jamais imaginé démissionner.

«Personnellement, nous nous sentons blancs comme neige», a dit mardi Urs Rohner sur les ondes de la radio publique alémanique SRF, cité par l’ATS. Quant à savoir si toute la banque a la conscience tranquille, c’est une autre question, a précisé le président du conseil d’administration.

Pas d’envoi de noms

«Le fait que Credit Suisse ait plaidé coupable est un grand coup contre l’évasion fiscale réalisée grâce au secret bancaire», a relevé Carl Levin dans un communiqué de presse cité par Bloomberg. Mais le sénateur du Michigan qui a élaboré le rapport à charge contre Credit Suisse d’ajouter qu’il s’agissait «d’un mystère» de savoir pourquoi le gouvernement n’a pas exigé que la banque donne les noms de ses clients américains.

«Credit Suisse ne va pas donner de noms, explique Bloomberg. Mais indiquera la bonne direction aux enquêteurs…» En effet, la banque «fournira d’autres indications que les noms, comme les montants et les numéros de comptes sur lesquels l’argent est parti».

«La BNS ne devra pas intervenir»

En Suisse, le professeur de droit bancaire Luc Thévenoz a lui aussi estimé mardi matin que la banque n’était pas en danger. La somme à payer est surmontable au vu du bilan de la banque, selon le professeur de l’Université de Genève qui s’exprimait sur les ondes de la RTS.

Le numéro deux bancaire helvétique ne devrait pas connaître de crise de liquidité, estime Luc Thévenoz: «La Banque nationale suisse (BNS) ne devra pas intervenir.» Reste à savoir combien de clients vont retirer leur argent de Credit Suisse. La banque ayant plaidé coupable, Luc Thévenoz n’attend pas de nouvelles poursuites pénales contre des employés de Credit Suisse.

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